Archive de avril, 2020

Entre les années 1887 et 1890, le département de Indre-et-Loire est frappé par une « Série Rouge » : une expression journalistique qui désigne une série d’assassinats, souvent très violents, commis sur une courte période. Dans cette longue liste de crimes de sang, on trouve l‘affaire d’Epeigné-sur-Dême, survenue en 1888 dans le nord du département.  

4 février 1888. « Depuis six mois environ je suis l’amant de la femme Bellanger. Depuis longtemps cette femme me pressait de tuer son mari pour vivre maritalement avec elle. Elle m’a donné de l’argent pour acheter un pistolet pour l’assassiner, [pistolet] que je suis aller chercher à Château-du-Loir »2. Assis face au juge d’instruction, François Mauclair déroule son récit. Réveillé par les gendarmes à son domicile de La Borde situé dans la commune de Marçon, le maçon de 38 ans a d’abord fait l’innocent. Non il n’est pas responsable de l’assassinat de Henri-Alexandre Bellanger dont le cadavre vient d’être retrouvé dans la neige, une balle dans la tête, au lieu dit « Les Bois-de-Moirons », près d’Epeigné-sur-Dême. Déféré immédiatement devant le juge puis pressé de questions, le père de famille a fini par craquer. Il est l’heure pour lui de tout raconter. Lire la suite »

Dans son livre « Le goût de l’archive », l’historienne Arlette Farge décrit merveilleusement bien sa passion pour ces « manuscrits aux coins grignotés » et « aux bordures abîmés par le temps ». Elle explique tout l’intérêt du document ancien. « L’archive est une brèche dans le tissu des jours, l’aperçu tendu d’un événement inattendu. En elle, tout se focalise sur quelques instants de vie de personnages ordinaires, rarement visités par l’histoire […] L’archive n’écrit pas de pages d’histoire. Elle décrit avec les mots de tous les jours le dérisoire et le tragique sur un même ton. […] Elle est le recueil de paroles prononcées , dont leurs auteurs, contraints par l’événement, n’ont jamais imaginé qu’elles le seraient un jour. C’est en ce sens qu’elle force la lecture, captive le lecteur, produit sur lui la sensation d’enfin appréhender le réel. »  Dans le crime du jour, « l’événement inattendu » l’est peut-être davantage que dans les autres affaires criminelles puisqu’il va venir d’un individu ordinaire, jugé « calme et tranquille »…

Février 1877. François Texier, 25 ans, est un jeune homme heureux. Cela fait maintenant trois mois qu’il travaille comme domestique chez Adèle Memeteau. A son retour du service militaire en novembre, il a demandé à la veuve de 51 ans, la mère d’un de ses camarades, si elle ne recherchait pas de la main d’oeuvre jusqu’au printemps prochain. De son côté, la responsable de la ferme du Cormenier, située dans la commune des Forges, près de Vasles, n’a pas hésité longtemps. Elle connaissait déjà ce garçon sérieux dont le frère, Pierre, cultive une ferme à la Prouterie, à Benassais, à quinze minutes à pied. Mais si François est si heureux, c’est aussi parce qu’il a trouvé au Cormenier bien plus que du travail. En arrivant à la ferme en novembre, il est de suite tombé sous le charme de Virginie Morin, 24 ans, la fille de sa patronne. Après une cour assidue de plusieurs semaines, il a fini par la faire succomber. Depuis, les deux jeunes ne se quittent plus. Le mariage est même programmé pour la Saint-Michel, au grand bonheur d’Adèle Memeteau qui se félicite de voir entrer dans sa famille un jeune homme si « calme et tranquille »1.

 

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Même lorsque l’on pense avoir tout vu dans le domaine des crimes de sang, il reste encore des histoires criminelles qui surprennent de part leur scénario déroutant et inattendu. La preuve avec ce crime passionnel.

9 décembre 1891, minuit passé. A Parthenay, au 13 de la rue Delavault St-Jacques, l’heure est au recueillement. Dans un appartement de ce vieil immeuble situé dans le quartier historique et pauvre de la capitale de la Gâtine, Marie Ancelin, 43 ans, veille en silence le corps de sa belle-sœur, décédée depuis peu. Marie, blanchisseuse de profession, élève seul ses cinq enfants. Veuve de François-Auguste Ancelin, sa situation n’est pas aisée mais elle peut compter sur l’aide de sa fille aînée, Anna, 21 ans. La jeune journalière est assise à côté d’elle en cette nuit funèbre et tout près d’elle, son compagnon, Henri Gautreau, 23 ans, semble plongé dans ses pensées. Les deux amoureux ont prévu de se marier bientôt. En attendant, il faut veiller le corps de la défunte jusqu’au petit matin, sans fermer l’oeil de la nuit. Lire la suite »

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