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Juil

La catastrophe ferroviaire de Pamproux (1872)

   Ecrit par : Olivier Goudeau   in Crimes en Deux-Sèvres

En se plongeant dans les archives judiciaires du XIXe siècle, l’historien est surpris par le nombre d’attaques contre les voies ferrées. Dans cette catégorie de crimes, l’affaire Amiot est l’une des plus importantes.

  Mardi 23 janvier 1872. Le train-poste n° 12 assurant la ligne La Rochelle-Poitiers arrive aux abords de la station de Pamproux. Il est un peu plus de 21 heures. A son bord, quatre wagons de passagers mais aussi des lettres et du courrier. Au total ce sont près de douze wagons que tracte la locomotive conduite par M. Carraud. Au kilomètre 379, entre la Villedieu et Pamproux, pour une raison inexpliquée, la locomotive déraille. S’en suit une scène épouvantable. La locomotive poursuit sa route sur trente mètres, culbute dans du remblai, dévale la pente et s’écrase quinze mètres plus bas dans un fracas apocalyptique. Derrière, quatre wagons dévalent à leur tour à la pente infernale. A l’intérieur, la panique des voyageurs est totale. Lorsque les secours arrivent de Poitiers quelques heures plus tard, les villageois ont déjà pu porter secours aux blessés, notamment grâce à la pleine lune. En début de matinée le bilan définitif est dressé. Dans la locomotive, les médecins n’ont rien pu faire pour M. Carraud. Le chauffeur a été écrasé sous l’amas de ferraille. M. Jouin le mécanicien, projeté lors du choc, est sérieusement blessé. Par bonheur, quatre voitures projetées dans la pente sont restées sur leur roue. Parmi elles, deux wagons de voyageurs de première classe. Les passagers sont indemnes. Un vrai miracle.

 

Le 24 janvier une information est ouverte. Sur la voie, les enquêteurs relèvent plusieurs éléments troublants : un rail de cinq mètres déplacés, un tronc de jeune chêne taillé en forme de levier et une grosse pierre provenant du remblai. Désormais, le doute n’est plus possible, il s’agit bien d’un acte criminel. Le coupable a même laissé un marteau et une pioche près des rails.

 L’œuvre d’un gaucher

 Mercredi 4 septembre 1878. La foule est venue nombreuse pour assister au dénouement de l’affaire. L’information a duré près plus de six ans. Une éternité pour l’époque. A son issue, un habitant de Pamproux a été arrêté : Jean Amiot un journalier de 38 ans. Chez lui, les enquêteurs ont découvert un pantalon « humide et souillé de boue (2) » qu’un témoin lui a vu porter le jour du crime. Face aux enquêteurs, le journalier explique qu’il ne l’a pas mis depuis des mois. Mais pour l’accusation, l’élément central est ailleurs. Le 23 janvier 1872, Amiot est allé arracher des épines dans un champ proche du théâtre de l’accident, le tout sans l’autorisation du propriétaire. Or, c’est précisément dans cette parcelle que l’arbre ayant servi au déraillement a été coupé. Les experts ajoutent que seul un gaucher a pu abattre un arbre de la sorte. Or, Jean Amiot est gaucher. Dans ce champ, les enquêteurs découvrent aussi une serpe appartenant à l’accusé. Lors du procès, le témoignage de M. Caillon accable un peu plus le prévenu. L’homme prétend que quelques jours avant le crime, Amiot lui a proposé de faire dérailler le train « afin de s’emparer des valeurs contenues dans le fourgon de la poste (2) » selon le même mode opératoire que celui utilisé le jour du drame.

 

 « C’est toi qui a commis le crime »

De son côté, Amiot nie énergiquement. « Je suis complètement innocent1 » nie-t-il lors de son interrogatoire du 29 mai 1878. Le 11 juin 1878, depuis la prison de Niort, il écrit une lettre à son épouse. « Je regrette beaucoup le temps que je passe ici sans savoir quand je sortirai car je pense souvent à mes 6 pauvres enfants sans savoir si le septième n’est point né. Tu dois beaucoup être dans la peine, vu que l’on me retient sans être jugé ; je te prierais d’en prévenir le maire qui pourrait me faire sortir, vu ma pauvre famille dans la misère ainsi que toi. Je te dirai que je suis en bonne santé pour le moment. Je désire que tu sois de même.2 » Pour son avocat, Me Clouzeau, le dossier est vide. Le pantalon mouillé et l’oubli d’une serpe dans un champ ne prouvent rien, pas plus que le témoignage de Caillon, détenu à la maison centrale de Fontevrault, qui a probablement dénoncé Amiot dans l’espoir d’une réduction de peine. Or, c’est justement ce témoignage reçu en 1878 qui a convaincu les magistrats de poursuivre Amiot devant la cour d’assises. Auparavant, les preuves n’étaient pas suffisantes. C’est la preuve que le dossier n’est pas assez solide. Le 14 mai, une confrontation entre Amiot et Caillon est organisée. « Je suis certain que c’est lui qui a commis le crime et je l’affirme parce que le déraillement a eu lieu tel qu’il me l’avait dit ; ainsi du reste que je vous l’avais exactement rapporté » martèle Caillon. « J’ai dit toute la vérité […]. C’est toi qui a commis le crime » s’emporte Caillon en se levant.

 

 Envoyé aux assises

 Devant la cour la cour d’assise, le 4 septembre 1878, la défense s’appuie sur un argument de poids : les mois d’instruction et les dizaines de commission rogatoire n’ont pu prouver que les outils trouvés près de la voie ferrée appartenaient à Amiot. L’avocat demande donc l’acquittement pur et simple de son client. En fin de journée, les jurés se retirent. Lorsqu’ils reviennent, leur verdict est sans appel. Amiot est reconnu coupable de déraillement et responsable de la mort de M. Carraud. La cour le condamne à vingt années bagne. Son pourvoi devant la cour de cassation de Déporté en Nouvelle-Calédonie, il meurt 15 ans plus tard, le 27 mai 1893 sur l’Ile Nou à l’âge de 53 ans.

1 Interrogatoire de Jean Amiot, 2 juin 1878. Dossier de procédure. Archives départementales des Deux-Sèvres.

2 Lettre de Jean Amiot à son épouse. 11 juin 1878. Dossier de procédure. Archives des Deux-Sèvres.

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Cet article a été publié le mardi 17 juillet 2012 à 3:47 et est classé dans Crimes en Deux-Sèvres. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Les commentaires et les pings sont actuellement fermés.
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