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Juil

Assassiné au pied du marronnier (Avoine, 1908)

   Ecrit par : Olivier Goudeau   in Crimes en Touraine

9 mai 1908. En milieu d’après-midi, sous le regard de quelques curieux, le juge d’instruction Sergent marche sur une petite route qui conduit de Chinon au village de Coulaine. Une délégation de plusieurs gendarmes l’accompagne et lui désigne deux marronniers situés en hauteur, à une petite dizaine de mètres à l’écart du chemin. Le magistrat grimpe sur le talus et découvre au pied de l’un des arbres, le cadavre d’un homme, les bras repliés à hauteur du front. Le juge fronce les sourcils. La boite crânienne du malheureux est défoncée par deux énormes blessures. Il y a du sang partout, sur le tronc du marronnier mais aussi sur les branches à plus de deux mètres de hauteur. Nul doute que l’homme ne s’est pas fait ça tout seul.

Tout en regagnant la route, le magistrat demande aux gendarmes présents sur les lieux depuis la découverte du corps, de lui dresser un premier état des lieux. Premièrement, la victime est identifiée. Il s’agit de Charles Michenet, 39 ans, un habitant de la commune de Savigny. Deuxièmement, le coupable vient d’être arrêté. Il se nomme Prosper Favreau. C’est un père de famille de 29 ans, marchand de bois, demeurant à Avoine. L’homme a expliqué aux premiers témoins qu’il avait été boire un verre avec Michenet et un nommé Audebert dans deux auberges le 8 mai. A 21 heures, il est reparti avec Michenet qui, un brin éméché, l’aurait agressé. Favreau se serait alors défendu avec un marteau. Le motif de leur désaccord ? Michenet accuse Favreau d’avoir eu des relations avec sa maitresse.

 « Méchant, brutal, violent et débauché »

 

Le lendemain à 17 heures, le juge interroge Prosper Favreau. « Il s’est avancé sur moi brandissant un bâton » confie le prévenu. « J’ai paré le coup avec mon bras, en même temps j’ai perdu l’équilibre, je me suis retenu sur la jambe droite, la bicyclette entre mes jambes. Michelet a voulu me frapper une seconde fois, je l’ai alors maintenu d’une main pendant que de l’autre j’ai tiré un marteau retenu par des courroies sur le guidon de ma bicyclette et lui en est porté un coup, très fort, sur la tête. Il a chamboulé. Je l’ai tenu et bousculé jusqu’au pied de deux marronniers qui sont à quelques mètres de là. Il est tombé au pied de l’un d’eux. Là, je lui ai porté un second coup de marteau très violent sur la tête et je l’ai laissé. » Le juge reste sceptique. Sur les lieux, on n’a pas retrouvé le bâton que la victime aurait utilisé pour l’agresser. Les jours suivants font changer d’avis le magistrat. Les habitants d’Avoine dressent un portrait épouvantable de la victime. « Méchant, brutal, violent et débauché », « très redouté, querelleur, ivrogne, voleur » expliquent certains. D’autres rapportent des propos terribles prononcés par Michenet : « Un jour je tuerai Favreau », « si vous n’aviez pas été là, je tuais Favreau et je le jetais à l’eau. » Clairement, Favreau se sentait menacé. Mais alors pourquoi a-t-il accepté de partager une bouteille avec un homme qui lui promettait la mort ? « Pour ne pas augmenter la rancœur qu’il a contre moi » explique l’assassin. Un argument qui aura le mérite de convaincre les jurés de la Cour d’Assises. Le 26 juin 1908, le père de famille est déclaré non coupable.

 

 

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Cet article a été publié le jeudi 19 juillet 2012 à 7:32 et est classé dans Crimes en Touraine. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Les commentaires et les pings sont actuellement fermés.
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