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Août

Adolescents et assassins (St-Avertin, 1916)

   Ecrit par : Olivier Goudeau   in Crimes en Touraine

Le Journal d'Indre-et-Loire a restitué les débats du procès dans ses colonnes. Il nous apprend notamment que Paintendre et Colas avaient été déclarés inaptes pour la guerre par différents conseils militaires de révision.  (archives départementales)Paintendre-Colas, des noms que l’histoire à oublié. Pourtant, lorsque le procès de ces deux bandits et de leurs six acolytes s’ouvre en décembre 1916, le palais de justice de Tours n’est pas assez grand pour accueillir les centaines de curieux. Outre la tragédie qu’il porte en lui, ce fait divers nous montre aussi une facette méconnue de la Première Guerre Mondiale, celle d’un conflit où l’Union Sacrée à l’arrière fut un mythe, certains Français profitant de la guerre pour s’enrichir.

10 mai 1916. René-Albert Paintendre, 19 ans, et son ami Marcel Colas, 18 ans, peaufinent leur mauvais coups. Depuis le mois d’avril, les deux jeunes gens multiplient les cambriolages dans la région tourangelle : argent, broche et bague en or, montres, écrins, cuillères à café… tout est bon pour enrichir leur porte monnaie. A midi, Paintendre et Colas s’introduisent dans le hangar de M. Bouvier à Ligré. A l’intérieur, ils ont repéré une machine à battre qu’ils vont pouvoir dépecer afin de revendre le cuivre en pièces détachées. Tout à coup, alors qu’ils manigancent en silence une voisine se présente face à eux. La femme leur demande ce qu’ils font là. « On nous a envoyés pour des réparations » répondent-ils sans se démonter. La voisine s’éloigne. Quelques minutes plus tard, les voleurs jubilent de leur coup en s’éloignant de Ligré. Après avoir berné la voisine, ils ont même pris le temps d’explorer un édifice voisin. Là aussi du cuivre les attendait. Au total, ils doivent probablement en avoir pour 600 francs. Non contents de leur butin, les deux compères poursuivent leur pérégrination dans la Sarthe en ayant pris le soin de cacher le cuivre volé. Le soir du 10 mai, ils profitent de l’absence des propriétaires pour fracturer la porte d’entrée de la maison des époux Drouard, à Rouillon. Ils font main basse sur les bijoux et font de même chez la voisine, Mme Vauly. De jour en jour, la liste de leurs forfaits ne cesse de croître. Le dimanche 21 mai, aidé d’un ami nommé Galien, ils mettent la main sur 1650 francs et quelques bijoux chez les époux Audard à St-Pierre-des-Corps. Seulement, à force de jouer avec le feu, Paintendre, Colas et leurs amis sont  repérés le 25 mai 1916 vers 17 h dans un débit de boisson de St-Avertin. Les gendarmes peuvent passer à l’action.

« Attention ! Voilà les gendarmes »

Six agents sont dépêchés sur les lieux. Malheureusement, deux d’entre-eux sont repérés par les malfrats en passant devant la fenêtre de l’établissement. « Attention ! Voilà les gendarmes » hurle Colas en sortant son revolver. Paintendre l’imite aussitôt. Le gendarme Painault est le premier à pénétrer dans l’établissement. Mais à peine a-t-il poussé l’une des deux portes à battant qu’il reçoit un coup de revolver à bout portant en pleine tête. Paintendre guettait derrière la porte. Aussitôt une fusillade s’engage. Les forces de l’ordre parviennent à éviter les balles. Pas Paintendre, touché à deux  reprises dans le dos. Colas de son côté réussit à sauter par la fenêtre. Le gendarme Garestier se lance à sa poursuite. A cet instant, le fuyard stoppe sa course et tire sur l’agent. Par miracle celui-ci évite les deux coups de feu et finit par  atteindre le bandit de plusieurs balles avec son pistolet. « J’y suis j’ai mon compte » lâche Colas légèrement touché.

Une émotion considérable

Moins de sept mois plus tard, le 15 décembre 1916, le procès des deux malfrats s’ouvre aux assises de Tours. Entre-temps, le gendarme Painault a été enterré. En Touraine, l’émotion a été considérable. A côté des deux adolescents, déjà condamné à quatre reprises par les tribunaux, six autres personnes ont pris place sur le banc des accusés parmi lesquels Charles Mercier, 20 ans, Henri Galien, 23 ans,  mais aussi deux femmes : Angélique Henrique, 28 ans, et France Gravioux, 19 ans. Ces dernières sont suspectées d’avoir acheté une des armes ayant servi lors de la fusillade. Seulement, Mme Lelot, la commerçante, ne les reconnaît pas. Au final, Paintendre est condamné à mort, Colas aux travaux forcés à perpétuité, Mercier à 2 ans de prison, Galien à 6 ans de réclusion, Angélique Henrique à 5 ans de prison et France Gravioux à 1 an de prison. Quelques semaines plus tard, le 21 février 1917, Paintendre est gracié par le président de la République et condamné au bagne à perpétuité.

Dans cette affaire, les peines prononcées ont été sévères. Il est probable que Paintendre et Colas sont morts au bagne de Cayenne (Archives départementales)

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Cet article a été publié le samedi 23 août 2014 à 9:20 et est classé dans Crimes en Touraine. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.
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