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Billy, le « kid » sans pitié (Rorthais, 1930)

   Ecrit par : Olivier Goudeau   in Crimes en Deux-Sèvres

L'acte de décès de Joseph Billy rédigé par l'administration du bagne de Guyane  (archives nationales d'Outre-Mer, Aix-en-Provence)Depuis la nuit des temps, la propriété, l’héritage et les biens familiaux constituent des motifs de fâcheries dans un bon nombre de familles. Mais le 10 novembre 1930, Joseph Billy, un jeune cultivateur du nord des Deux-Sèvres va commettre le plus horrible des crimes pour régler ses problèmes de succession.

Le 10 novembre 1930. 22 heures, le temps est épouvantable sur tout le nord des Deux-Sèvres. Les arbres s’agitent et la pluie tombe avec une rare violence. Alors que chacun se calfeutre chez soi, un homme robuste affronte cette tempête sur un chemin près de Rorthais, dans l’arrondissement de Bressuire. La mâchoire puissante, le regard déterminé, le visage ruisselant, l’individu trace son chemin dans l’obscurité au beau milieu de la tempête. L’heure tardive et le mauvais temps le mettent à l’abri d’une éventuelle rencontre. C’est d’ailleurs préférable vu le contenu du fardeau qu’il porte sur son dos car il s’agit ni plus ni moins d’un cadavre.Trente et un ans plus tôt, en janvier 1899, la famille Billy, domiciliée à Nueil-sous-les-Aubiers, est des plus heureuses. Augustine vient de mettre au monde un petit Joseph. Très aimé, le garçon connaît pourtant une enfance difficile notamment à cause de son physique ingrat et de sa faible intelligence. Raillé, Joseph devient violent, s’enferme chez lui et se passionne pour la ferme familiale, dirigé par le père, Réné. L’exploitation est située depuis 1925 à Rorthais, à la Basse-Galinière. A la mort de son père en 1928, Joseph compte bien prendre la tête de l’exploitation familiale. Il entre alors en conflit ouvert avec sa mère qui souhaite louer une partie des terres de cette exploitation devenue trop grande. Joseph s’y oppose avec force et n’hésite pas à frapper sa mère. Des disputes très violentes éclatent régulièrement entre la mère et le fils. Le 10 novembre, Joseph décide de la supprimer.

Une tempête épouvantable

Le 10 novembre 1930, à 22 heures, il se lève sans faire de bruit et se rapproche du lit de sa mère situé dans la même chambre. Il se saisit des draps et d’un veston avant de l’enfoncer dans la bouche de sa mère, saisit d’horreur. Une lutte s’engage, la femme se débat tellement que Joseph est obligé de la frapper au visage pour prendre le dessus. Quelques secondes plus tard, la victime ne bouge plus. Joseph la charge alors sur ses épaules et sort dans la cour au milieu d’une tempête épouvantable. Après plusieurs dizaines de mètres de marche, Billy sent le corps s’agiter dans son dos. Sa mère n’est pas morte. Pire, elle hurle. Il doit agir au plus vite. Il se rapproche alors de la fosse à purin située tout près et y plonge la tête de sa victime avant de la maintenir dans l’épouvantable matière. Après quelques secondes, la victime ne bouge plus. Billy remet sa mère sur ses épaules pour prendre la direction du ruisseau le plus proche, le Sautereau, où il lance le cadavre dans les eaux gonflées par la pluie de la tempête.

Le médecin confirme la thèse de l’accident

On découvre le corps de la victime le lendemain à 11 heures 30. Billy explique que sa mère a quitté le domicile en soirée pour aller voir des cousins à la Sorinière. Avec la tempête, elle a du tomber dans le ruisseau et s’y noyer. Le médecin confirme cette thèse malgré les ecchymoses nombreuses au visage. Billy est proche de la victoire mais la gendarmerie de Châtillon-sur-Sèvres s’intéresse à cette mort suspecte. Les gendarmes se rendent à la Basse-Galinière et découvrent des traces de sang dans le lit de la femme. L’autopsie révèle aussi la présence d’un liquide noirâtre dans les poumons de la victime. Billy est pris au piège et finit par tout avouer.

Sauver par Paul Doumer

Le 16 juin 1931, Joseph Billy, jugé responsable de ses actes par les experts, doit répondre de parricide devant la cour d’Assises. Complètement indifférent aux débats, l’accusé accueille la sentence (peine de mort) sans émotion. C’est finalement Paul Doumer, le Président de la République, qui le sauve de la guillotine en commuant sa peine en celle de travaux forcés à perpétuité. Transporté au bagne de  Guyane sous le matricule 51340, il meurt à St-Laurent-du-Maroni le 15 décembre 1933 à l’âge de 34 ans.

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Cet article a été publié le vendredi 1 mai 2015 à 12:25 et est classé dans Crimes en Deux-Sèvres. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.
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