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Assassiné le jour du marché (Champdeniers, 1821)

   Ecrit par : Olivier Goudeau   in Crimes en Deux-Sèvres

14 juillet 1821. C’est jour de marché à Champdeniers. Dès les premières heures du jour, commerçants, artisans, éleveurs et acheteurs convergent de tout le pays vers la place du village où ils espèrent réaliser de bonnes affaires. Une demi-heure avant le lever du soleil, André Braconneau, 36 ans, est de ceux-là. Accompagné de François Vergnault, son voisin, il est parti de son domicile situé à La Carte, commune de Cherveux. Après une lieu de marche, les deux amis remarquent devant eux un homme en train de s’agiter sur le chemin. C’est le maréchal, il semble tout affolé. « Ah, il vient d’arriver un grand malheur, le pauvre Moreau, votre voisin, est dans un fossé, il a été assassiné, il est comme mort, je vais vite avertir Monsieur le maire de Cherveux »1

Braconneau et Vergnault, abasourdis pressent le pas et découvrent le malheureux quelques dizaines de mètres plus loin « renversé, couché sur le dos ». Une femme est présente près de lui. Il s’agit de Marie Poupard, une journalière de 40 ans, qui vient de faire la macabre découverte à son tour. Tous les trois se précipitent au chevet de cet homme, connu de tous dans la région et dont la profession, coquetier, était de récolter des produits frais (œufs, volailles) dans les fermes afin de les revendre sur les marchés. Les témoins lui dégagent le visage des fougères qui le gène. La vision qui s’offre à eux à cet instant, est épouvantable. Moreau a un énorme trou dans la tête, large comme la grosseur d’un poing. « Mon voisin, ne me reconnaissez vous pas ? » lui demande Vergnault en lui prenant la main. Malgré l’extrême gravité de ses blessures, Moreau n’est pas mort. Il parvient à ouvrir les yeux en resserrant ses doigts sur ceux de Vergnault. Il tente de parler mais ses tentatives restent infructueuses. Sur ces faits, François Vergnault se redresse et part aussi vite que possible prévenir le maire de Champdeniers. Malheureusement, une demi-heure plus tard, Moreau s’éteint à côté d’André Braconneau et Marie Poupard, restés à ses côtés, impuissants.

L’assassin le guettait dans la nuit 

Lorsque le juge de Paix arrive sur les lieux vers 7 h, il y a déjà un attroupement autour du cadavre. Le magistrat et le médecin qui l’accompagne dressent un premier constat. Pierre Moreau a été assassiné. La victime est « couverte de blessures très profondes »2, car outre le trou dans la tête de « la grosseur d’un cul de verre », « la bouche est enfoncée, les mâchoires brisées, la main gauche déchirée, le petit doigt de la main droite écrasé». En parcourant les environs de la scène de crime, le juge comprend que c’est un vrai guet-apen qui a été fomenté contre la victime. Il dresse un scénario assez simple. Il y a tout d’abord ce champ de froment, distant de trente pieds du cadavre, dans lequel un homme semble s’être couché, certainement l’assassin pour attendre la victime. De là, en suivant le blé couché formant un chemin, on arrive sur une hauteur permettant d’observer les personnes arrivant du village de La Carte ou de Cherveux. Nulle doute que l’agresseur s’est posté ici pour voir arriver Moreau à cheval. A cet instant, il a surgi dans la nuit, a frappé le marchand avant de le dépouiller. Il y a d’ailleurs des pièces de monnaie près du cadavre ainsi qu’un bâton long de trois pieds. Une fois l’agression commise, l’assassin s’est probablement enfuit à travers le même champ de froment dans lequel un autre chemin a été dessiné par le passage d’un homme.

Les premières auditions de témoins permettent à l’enquête de progresser rapidement. La veille du crime, le 13 au soir, au soleil couchant, un individu a été vu « portant un pantalon blanc, un chapeau à haute forme, un bissac sous le bras, un bâton à la main, traversant le champ qui touche le chemin de Cherveux à Champdeniers. » Un nom ressort à plusieurs reprises des auditions, celui de Julien Viault, « habituellement tisserant, mais faisant aussi le commerce de beurre et de volaille. »² A 41 ans, ce Niortais ne jouit pas d’une très bonne réputation. Il a abandonné sa femme plus âgée que lui, la laissant dans une misère certaine, au profit d’une compagne plus jeune. Il est donc entendu par les gendarmes le 23 juillet mais nie farouchement les faits.

L’arme du crime : la clé de l’enquête

Quelques jours plus tard, une découverte fait basculer l’enquête. En moissonnant le champ de froment proche de l’endroit où Moreau a été assassiné, le propriétaire, M. Cholet, découvre un fléau, une arme redoutable. L’instrument se compose d’un manche en nerf de bœuf et se prolonge de deux ficelles armées aux extrémités de balles de plomb ou de fer. A Cherveux,  les enquêteurs ne trouvent que le manche et la ficelle mais il y a suffisamment de sang et de cheveux dessus pour conclure qu’il s’agit de l’arme du crime. Le 8 août, le reste de l’instrument est retrouvé dans le même champ qui n’avait pas été moissonné dans sa totalité la première fois. L’objet est impressionnant. Il s’agit « d’une masse en fer de forme ronde pesant environ une livre et ayant un anneau en fer»². Le problème pour Julien Viault c’est qu’il s’est vanté auprès de quelques-unes de ses fréquentations qu’il possédait « un fleau dans son bissac avec lequel il pouvait se défendre de dix hommes et leur casser les os »².

Trahi par son bâton

Malgré cette coïncide, les charges ne sont pas suffisantes pour traduire Viault devant la cour d’assises. S’il fournit un alibi pour le 14 juillet, il sera mis hors de cause. Malheureusement pour lui, personne ne peut certifier de sa présence la nuit du crime. On sait qu’il a quitté la maison de la veuve Guion où il travaillait à Mauzé-sur-le-Mignon le 13 juillet et qu’il y est rentré le 15 vers 7 h 30 avec un bissac ne contenant que peu de choses. Qu’a-t-il fait entre-temps ? Il dit qu’il était sur les routes à Echiré et Germond et qu’il était trop tard pour trouver refuge chez quelqu’un. « Je ne sais point ce qu’est un fléau »3 se défend-il aussi devant le juge d’instruction François Noury en précisant qu’il ne connaît même pas l’endroit ou été commis l’assassinat ; mais le 22 août, c’est le coup de grâce, Pierre Guiot, qui travaillait avec lui a Mauzé-sur-le-Mignon la veille du crime certifie reconnaître le bâton retrouvé sur la scène de crime comme étant celui de Viault. Il y a désormais suffisamment de charges pour traduire le quadragénaire devant la cour d’assises. Le commerçant doit répondre d’assassinat et de vol. A l’issue des débats, les jurés répondent positivement aux deux chefs d’accusation, alors qu’aucune somme suspecte n’a été trouvé sur lui. La cour le condamne à la peine de mort. Son pourvoi en cassation rejeté, Julien Viault est guillotiné sur la place de la Brèche le 1er février 1822.

Sources 

1 Audition d’André Braconneau. 1er septembre 1821.Dossier de procédure. Archives départementales.

2 Acte d’accusation. Dossier de procédure. Archives départementales.

3  Interrogatoire de Julien Viault. 22 septembre 1822. Dossier de procédure. Archives départementales.

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Cet article a été publié le vendredi 8 septembre 2017 à 10:00 et est classé dans Crimes en Deux-Sèvres. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.
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