16
Juil

Crime au « Café du boulevard » (Tours, 1904)

   Ecrit par : Olivier Goudeau   in Crimes en Touraine

Le crime du « Café du boulevard » à Tours est l’une des affaires les plus fascinantes du début du XXe siècle.

29 avril 1904. Vers 23 heures, Antoinette Hubel, 39 ans, ferme la devanture de son café situé au 27 du boulevard Béranger à Tours, aidé de son employé, Alphonse Lair, 18 ans. Dans la salle de café désertée, Antoinette Hubel sent tout à coup la présence de son jeune employé dans son dos. Elle voit son bras s’élever avant de se rabattre violemment sur elle. Aussitôt, une terrible douleur à la tête la foudroie. Son garçon de café vient de la frapper avec un couteau. Elle se met à hurler mais Lair lui plonge aussitôt sa main gauche dans la bouche pour la faire taire. Avec la droite, il continue de la frapper avec son arme. La femme se débat et parvient à refermer sa mâchoire sur son agresseur. Le garçon lâche prise. Antoinette s’échappe. Lair s’élance derrière elle et lui plante un nouveau coup de couteau dans le dos. Arrivée dans la cour, la limonadière s’écroule sous les yeux de son agresseur.

Cramponnée au crochet intérieur

Face à ce corps inanimé, le gamin de 18 ans fait demi-tour et retourne dans le café. Allongée dans la cour, Antoinette écoute son agresseur discuter avec d’autres personnes. De temps à autre, Lair revient la frapper de plusieurs coups de couteau. Il finit par monter au premier étage fouiller les chambres. Elle l’entend ouvrir les tiroirs, se laver, changer de vêtement. De temps à autre, elle le distingue du balcon en train de la regarder. Elle ne doit pas bouger. Tout à coup, une silhouette d’un autre homme, habillé en garçon de café, se rapproche d’elle. « Laissez-moi tranquille » supplie-t-elle. L’inconnu se retire finalement à reculons. De nouveau seule, Antoinette parvient à se traîner jusque dans les toilettes et à s’enfermer. Furieux, Lair, redescendu dans la cour, tente d’ouvrir la porte mais Antoinette reste cramponnée au crochet intérieur. Le gamin lâche prise et s’enfuit avec plus de 700 francs en poche. Pour la victime, le calvaire aura duré cinq heures.

Un procès riche en émotion

Vers 6 h 30 du matin, c’est Elisa Verte, la femme de ménage, qui découvre la malheureuse victime dans les toilettes. Bien vivante, Antoinette, terrassée par quinze coups de couteau, parvient à donner le nom de son agresseur. Début mai, ce dernier, réfugié à Paris, se constitue prisonnier. Interrogé, il explique que deux hommes lui ont demandé de voler et tuer sa patronne. Mais le plus incroyable est ailleurs. La nuit du crime, vers minuit et demi, Jeanne Cornillault, locataire d’Antoinette Hubel, est rentrée dans le café pour se coucher dans sa chambre à l’étage. Elle déclare n’avoir rien remarqué d’anormal. Etrange. Surtout qu’Antoinette explique aux enquêteurs que le garçon de café, venu la voir dans la nuit, ressemblait à une femme déguisée. Elle ajoute que Jeanne Cornillault avait une relation avec Lair et qu’elle lui devait 206 francs de loyer. Le 28 septembre, face à ses juges, Lair refuse de donner les noms de ses complices. Au cours d’un procès riche en émotion à l’image du témoignage de la victime, Lair est condamné au bagne à perpétuité. Contre toute attente, l’affaire rebondit le lendemain. Visité par le Président de la Cour d’Assises, Lair craque. C’est pour Jeanne qu’il a essayé de tuer sa patronne, pour qu’elle puisse payer ses 206 francs d’arriérés. C’est bien sa petite amie, déguisée en homme, qui s’est approchée de la victime dans la nuit. Il confirme aussi la présence de deux complices rencontrés à Orléans. Aussitôt arrêtée, Jeanne Cornillault est jugée le 29 mars 1905. La Cour d’assises la déclare non coupable, faute de preuve. Alphonse Lair voit quant à lui sa peine réduite à vingt ans de travaux forcés par décret du Président de la République, Emile Loubet. Les soit disant complices n’ont jamais été arrêtés.

 

Tags: , ,

Cet article a été publié le lundi 16 juillet 2012 à 6:11 et est classé dans Crimes en Touraine. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Les commentaires et les pings sont actuellement fermés.
'