22
Déc

La cabane au fond du jardin (Vasles, 1931)

   Ecrit par : Olivier Goudeau   in Crimes en Deux-Sèvres

« Quand on n’a que l’amour » et « Ne me quitte pas » chantait Brel pour évoquer les ravages de l’amour. En terre deux-sévrienne, d’autres ont choisi une voie plus radicale que la chanson pour régler leur problème de cœur….

1er juin 1931. 8 heures. Il flotte un doux parfum de printemps sur la Gâtine en ce début de matinée. Sur un chemin creux longeant le château de la Sayette près de Vasles, un charriot tiré par des chevaux circule paisiblement en direction de la scierie de la Sayette. La proximité du magnifique parc du château et la douceur de la campagne ne laissent rien présager qu’un drame est en train de se préparer. Tapis derrière une haie, Joseph Messager, un homme de 28 ans, attend le convoi, un couteau cran d’arrêt dans la main. Sa détermination est totale. Il a aussi pris le soin d’emmener un fusil avec lui.

 Des lettres de menace

A bord du véhicule, les deux occupants ne sont pas dupes. Renée Tournat se sait menacée depuis qu’elle a quittée Joseph Messager au début de l’année 1931. L’homme ne l’a pas supporté. Il l’a tout d’abord menacée de mort par écrit puis physiquement à la Haye-Descartes, en Touraine. Condamné à trois mois de prison, il l’a ensuite dénoncé à la justice pour avortement. Acquittée par la cour d’assises de Tours, Renée a préféré quitter sa région pour venir se réfugier chez son frère, Raoul. Leur oncle possède une scierie à Vasles, au hameau de Brun. Ce matin, c’est Raoul qui conduit le véhicule.

 La cabane au fond du jardin

Lorsque le convoi parvient à sa hauteur, Messager surgit de sa cachette et se positionne au milieu du chemin. D’un ton menaçant, il demande à son ancienne maitresse de venir avec lui. Renée refuse. A peine a-t-elle fini sa phrase que Messager la saisit au cou et lui brandit son cran d’arrêt à quelques centimètres du visage. Jusque là passif, Raoul parvient à se saisir d’un bâton et d’un geste  prompt à faire reculer l’agresseur. Mis hors de portée, l’amant voit s’éloigner le convoi. Dans le charriot, la panique est totale. Conscient qu’il doit mettre sa sœur à l’abri, Raoul décide de la cacher dans une cabane en bois de la scierie familiale située à quelques centaines de mettre de là. Lorsqu’ils parviennent sur les lieux, l’oncle et propriétaire de la scierie prend les choses en main. Il demande à ses hommes de cacher Renée dans la cabane, un autre est chargé de prévenir les gendarmes, pendant que lui s’empresse d’aller chercher son fusil au hameau voisin. Il ignore que Joseph les observe. Avec sa bicyclette, le jeune homme n’a eu aucun mal à rattraper le convoi. A présent, c’est le fusil qu’il tient dans ses mains.  Il s’approche discrètement de la cabane mais un ouvrier, Auguste Testé, l’aperçoit. L’employé met aussitôt Renée à l’abri dans la cabane. Trop tard. D’un cou de crosse, Messager fait voler en éclat le volet d’une lucarne et tire sur sa maitresse. Manqué. Terrorisée, Renée tente de s’échapper mais en sortant de la cabane un second coup la touche à la tête. Elle s’écroule. Inconsciente, elle n’entend pas la troisième détonation qui vient de toucher mortellement Auguste Testé.

 La peine de mort ?

Rattrapé quelques heures plus tard à Masseuil dans la Vienne, Joseph Messager est présenté à ses juges le 19 décembre 1931. L’audience matinale s’ouvre à 8 h 30. Le froid à l’extérieur mais aussi à l’intérieur du tribunal ont dissuadé le public de venir en nombre. L’accusé pénètre dans l’hémicycle. Le public découvre « un homme jeune, de taille moyenne, les cheveux presque noirs. »[1] Avec sa petite moustache, son visage affable et son veston gris de travailleur, l’accusé fait plutôt bonne impression. Pourtant, malgré cet apriori favorable, la gravité de son crime le met dans une situation délicate. Accusé d’assassinat et de tentative d’assassinat, le jeune homme risque la peine de mort. Pour l’accusation, Messager pensait avoir tué sa maitresse. S’il a tué l’ouvrier, c’est pour faire disparaitre un témoin. L’accusé s’en défend. Il visait Renée, pas M. Testé. Pourtant, le légiste explique à la barre que l’ouvrier a reçu la décharge à bout portant. Après une longue délibération, Messager est reconnu coupable de tentative d’assassinat sur Renée avec circonstances aggravantes. A la stupéfaction générale, les jurés l’innocente pour le crime de l’ouvrier, Auguste Testé. En conséquence, la cour le condamne à 12 ans de bagne. Une peine incroyable légère pour un double crime.

 

 


[1] Mémorial des Deux-Sèvres, 20 décembre 1931. Archives départementales des Deux-Sèvres.

Tags: , , , ,

Cet article a été publié le samedi 22 décembre 2012 à 8:20 et est classé dans Crimes en Deux-Sèvres. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.
'