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La disparition du petit Jean (Fomperron, 1820)

   Ecrit par : Olivier Goudeau   in Crimes en Deux-Sèvres

Les disparitions d’enfants  provoquent de véritables psychoses dans les familles et les villages. En 1820, à Fomperron, c’est le petit Jean Chaigne, 13 ans, qui disparaît. L’issue de cette histoire va plonger les enquêteurs dans les profondeurs de l’âme humaine. 

10 janvier 1820. René Charon a la mine des mauvais jours. En frappant frénétiquement à la porte de Marc Chaigne à 3h du matin, le bordier de 34 ans n’avait pas l’intention de lui faire peur. Seulement la situation est tellement grave qu’il ne peut réprimer sa panique. Alors que la porte s’ouvre laissant apparaître le visage de Marc Chaigne, les yeux pleins de sommeil, René Charon s’empresse de lui résumer la situation.

Retrouvé dans les grands Bois Ferrand

Vers 1h30 du matin, il s’est levé pour partir à la recherche de Jean Chaigne, 13 ans, disparu depuis deux jours. Dans le village de Fomperron, tout le monde sait que le neveu de Marc Chaigne n’a plus donné signe de vie depuis la journée du 8 janvier. Chaque villageois y est allé de sa recherche personnelle, en fouillant dans les granges, les vignes, les champs et les bois alentours. D’ailleurs, Marc Chaigne, dans un premier temps, est persuadé que c’est pour poursuivre les recherches que René Charon est venu le réveiller au beau milieu de la nuit. René Charon l’arrête tout de suite. S’il s’est permis de le déranger si tard, c’est que la situation est grave. Il vient de trouver Jean Chaigne, mort, dans les grands Bois Ferrand.

Face à cette terrible nouvelle Marc Chaigne est sous le choc. C’est incompréhensible. Un enfant de 13 ans ne meurt pas comme cela, seul dans un bois qu’il connaissait parfaitement. Il lui est forcément arrivé quelque chose de grave. Un accident ? Et puis, comment René Charon a-t-il fait pour retrouver le corps de Jean en pleine nuit ? Ce dernier lui explique qu’il a pu se diriger dans l’obscurité grâce à la pleine lune qui éclairait parfaitement les sous-bois. Sans compter qu’avant de quitter son domicile de La Gachetière à Fomperron, il a pris le soin de prendre le chien du voisin, histoire de suivre la piste de l’adolescent.

Un sabot volatilisé

Les autorités sont prévenues, notamment l’adjoint au maire de Fomperron, M. Bordier. Il découvre le cadavre de l’adolescent dans le bois, couché sur des feuilles, « un fagot de bois aux pieds »1. Le lieu n’a pas été piétiné et rien n’indique qu’un drame s’y est joué. L’enfant, au visage intact, a-t-il été victime d’un malaise ? C’est peu probable. Rapidement, les villageois appelés à lever le corps acquièrent la certitude que le petit Jean a été assassiné. «Qui a tué cet enfant ? » demande d’ailleurs Jacques David, un villageois, à René Charon, chargé de surveiller la dépouille.  « Je n’en sais rien » lui rétorque ce dernier. Plus tard, Jacques David confessera aux enquêteurs que « l’enfant était étendu sur la côté, sur des feuilles d’arbres qui ne paraissaient pas dérangées, comme si on l’eut apporté avec précaution dans cet endroit. »2  Il est fort probable que le garçon a été tué ailleurs. Une fois son forfait perpétré, l’assassin a déposé le corps ici. D’ailleurs, Jean n’a plus qu’un sabot aux pieds. C’est étrange car lorsque la scène a été montrée au maire adjoint, l’enfant avait ses deux sabots.

Le corps est dans un premier temps ramené au domicile de René Charon, celui a retrouvé son cadavre dans la nuit. L’homme n’est autre son beau-père. Il y a plusieurs années de cela, René s’est en effet marié avec la mère de Jean Chaigne, une veuve. Ensemble ils ont eu une petite fille mais l’épouse est décédée. Devenu veuf, René s’est retrouvé avec deux enfants à élever : Jean et sa fille. Malheureusement, une mésintelligence profonde s’est installée entre le beau-père et le petit garçon. Au village, on sait que René lui infligeait de mauvais traitements. En 1818, Jean Chaigne, réputé « fort doux » et « très docile »3 a donc été placé chez son oncle, Marc Chaigne, à la Furgaudière, dans une ferme située à quelques minutes de là. C’est là que René Charon est venu lui annoncer la mort de Jean.

L’héritage au coeur de l’affaire

Le 15 mars 1820 René Charon pénètre dans le tribunal de Niort escorté par plusieurs gendarmes. En deux mois, la justice a rassemblé suffisamment d’éléments pour le renvoyer devant la cour d’assises. Lui qui se présentait en fin limier capable de retrouver un cadavre en pleine nuit, doit à présent répondre de l’assassinat de son beau-fils. Sa tête est en jeu. Sa culpabilité semble évidente, la justice ayant établi, avec une redoutable précision, les circonstances du drame.

Le 8 janvier au matin, le jour de la disparition de l’enfant, René Charon se présenta à la métairie de Marc Chaigne. Il demanda à parler au père de famille mais comme ce dernier était parti au marché de Sansais, il voulut voir Jean. Il le trouva près de la maison, en train de fendre du bois, en compagnie de René Bonnet, un domestique. « Tu n’as point froid ?» lui demanda son beau-père. « Viens te chauffer, j’ai chez moi une paire de bottines que je veux te donner » poursuivit-il. Sans se méfier, Jean suivit René Charon sous le regard du domestique qui les vit disparaître dans le « champ de la vigne », à quelques dizaines de mètres des grands Bois Ferrand, où il fut retrouvé mort deux jours plus tard. A midi, Charon rentra seul chez lui, comme l’atteste Magdelaine Boutin, sa servante de 29 ans. Le soir, Marc Chaigne, en rentrant du marché de Sansais apprit de la bouche de sa femme et de ses domestiques que Jean était parti avec René Charon. Le lendemain, son inquiétude grandit lorsqu’il se présenta au domicile de Charon, absent. Magdelaine Boutin lui dit qu’elle n’a point vu l’enfant. Au comble de l’inquiétude, Marc Chaigne poursuivit ses investigations et trouva finalement Charon qui nia être parti avec l’enfant la veille. « Je vais vous dénoncer à la justice »(1) menaça le tuteur de l’enfant. « Je le chercherai dès le lever de la lune […] Nous le chercherons ensemble » promit René Charon. Le soir venu, Charon dîna chez des amis, rentra chez lui à 11 h, se coucha, avant de partir à la recherche de l’enfant seul vers 1h30, sans tenir compte de la promesse faite à Marc Chaigne, celle de venir le chercher pour poursuivre les recherches.

Le chien ? Quel chien ?

Pour couronner cette démonstration imparable, les magistrats mettent sur la table le mobile du crime. Pourquoi René Charon aurait-il tuer le fils de son épouse ? Tout simplement pour hériter de la totalité des biens de la défunte, l’autre moitié étant revenu à sa fille aujourd’hui âgée de 8 ans. L’accusé souffrait de devoir un jour payer sa part à Jean Chaigne afin de pouvoir jouir pleinement de la borderie. Charon en avait parlé à de nombreuses reprises, ne cachant plus sa haine à l’égard d’un enfant obligé de se réfugier chez son oncle pour échapper aux coups. Il a finalement préféré l’étrangler. L’accusé a nié l’évidence longtemps, s’enfonçant dans ses contradictions. La plus belle fut celle du chien qui lui aurait permis de retrouver le cadavre. Au village, il n’y avait qu’un chien. La nuit de la découverte du corps, il est établi qu’il n’a pas bouger de sa niche. A l’heure du verdict, les jurés répondent positivement à tous les chefs d’accusation, précipitant davantage le bordier vers la guillotine. La lame de cette dernière tombera sur son cou le 3 mai 1820 à l’heure de midi devant de nombreux témoins venus assister sur la place de la Brèche à une double exécution. Quelques minutes après la première mise à mort, c’est Dominique Coelorum, un Auvergnat de 25 ans,  qui est guillotiné pour avoir assassiner le 17 janvier 1820 son collègue et cousin dans une auberge à Gourgé.

Sources 

1. Conclusion de l’instruction rédigée par le Procureur du Roi. 29 janvier 1820. Dossier de procédure. Archives départementales.

2.Déposition de Jacques David, habitant de Fomperron. 28 janvier 1820. Dossier de procédure. Archives départementales.

3.Déposition de Louis Fradet, habitant de Fomperron. 29 janvier 1820. Dossier de procédure. Archives départementales.

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Cet article a été publié le vendredi 28 septembre 2018 à 5:43 et est classé dans Crimes en Deux-Sèvres. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.
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