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La mort, c’est pas le bagne ! (Manthelan, 1890)

   Ecrit par : Olivier Goudeau   in Crimes en Touraine

 Le Journal de l’Indre-et-Loire constitue une source précieuse pour comprendre les circonstance du drame (archives départementales)A la fin du XIXe siècle, l’heure est à la tolérance en matière de verdict. Les peines de mort prononcées par les tribunaux français sont pour la plupart commuées en travaux forcés par le Président de la République. La guillotine est au chômage et les idées d’abolition de la peine capitale progressent notamment dans les rangs des députés. Pourtant, en Indre-et-Loire, à cette même époque, un verdict prononcé dans une affaire de tentative d’assassinat va surprendre par son extrême sévérité. La faute probablement à la « série rouge » dont est victime le département à cette période.  

29 septembre 1890. Dans le petit village de Tremblay, dans la commune de Manthelan, le couple Malbran est sur le point de se coucher. Onze heures vient de sonner. Le mari et la femme ont à peine pris place dans leur lit que deux terribles détonations les font sursauter. Ils se lèvent en toute hâte et se précipitent vers la porte d’entrée. A peine l’ont-ils ouverte qu’une femme ensanglantée leur tombe dans les bras. Il s’agit de leur voisine, Mme Simon, 64 ans. En toute hâte, les époux Malbran allonge la malheureuse. En quelques minutes, les secours sont prévenus et les villageois accourent autour de la victime. Malgré les râles de douleurs, cette dernière parvient à faire le récit de la scène de crime. Peu avant onze heures, alors qu’elle était couchée, elle entendit des bruits autour de sa porte de jardin, comme si quelqu’un essayait de la forcer. Pensant que c’était une de ses vaches, elle se rassura mais le bruit se rapprocha. Alors, elle essaya de deviner ce qui se passait. Grâce à la pleine lune, elle vit alors une silhouette pénétrer dans son écurie puis dans sa chambre. Elle eut juste le temps de se cacher sous sa couverture avant que l’individu ne tire deux coups de feu sur elle à bout portant.

En suivant les traces de pas…

A présent, le temps presse, autant pour sauver la victime que pour appréhender l’agresseur, qui n’est peut-être pas si loin que cela. Un des gendarmes propose d’aller chercher Jean, le mari de Mme Simon. D’ailleurs, cette dernière n’a-t-elle pas demandé si son époux était couché ? Etrange comme question, d’autant que le couple ne vivait pas en bonne intelligence, au point que M. Simon avait quitté le domicile conjugal depuis plusieurs années. Le maréchal des logis retourne sur les lieux de l’agression et retrouve des traces de pas près de l’écurie. Il entreprend alors de les suivre. Huit-cent mètres plus loin, les empreintes le conduisent au Grand-Bray… devant la maison du mari de la victime…

Ne pas oublier de faire sécher son fusil avant de l’utiliser

Moins de trois mois plus tard, le 22 décembre 1890, Jean Simon, 56 ans doit répondre d’une tentative d’assassinat sur la personne de sa femme, qui, par miracle est sortie vivante de l’agression. C’est un homme de petite taille, vêtu d’une ample blouse bleue toute neuve, qui s’assoit sur le banc des accusés. Les charges qui pèsent sur lui sont énormes. Il y a ces empreintes de pas qui correspondent en tous points avec ses chaussures. Sous son lit, les gendarmes ont découvert deux fusils, l’un à un coup et l’autre à deux coups. Les experts expliquent que ces armes ont servi très récemment. Face au jury l’accusé se dit innocent. Il reconnait certes les empreintes. Quoi de plus normal pour un époux de trouver ses traces de pas autour du domicile de sa femme. En revanche, il nie s’être servi du fusil à deux coups et explique que c’est son colocataire qui l’a utilisé. Ce dernier s’insurge et ajoute que Simon a pris le soin de placer son fusil au soleil quelques heures avant le crime pour le faire sécher et « pour l’empêcher de rater ». Le plus grave pour l’accusé, c’est aussi que sa réputation n’est pas bonne. Le président insiste sur ce point. « Vous avez la réputation d’être très débauché […] N’avez-vous point eu des relations avec une fille Philomène Michau, que vous aimiez très vivement ? N’avez-vous pas promis le mariage à cette fille Michau, lui disant un jour dans une grange « si ma femme était morte nous nous marierons. » ?»1 Jean Simon continue de nier. Lorsque sa femme s’avance péniblement à la barre pour témoigner, les jurés découvrent une épouse aimante. « Simon était un brave homme, un bon travailleur. »1 Pour elle, Jean n’est pas son agresseur. Et puis, elle ne l’a pas reconnu dans la nuit. Ce témoignage ne pèsera pas lourd dans la balance. Jean Simon est reconnu coupable et condamné à mort. Une peine extraordinairement lourde pour une tentative d’assassinat. Quelques semaines plus, la sanction est commuée. Jean Simon est condamné au bagne à perpétuité. Moins de deux ans plus tard, il s’éteint en Nouvelle Calédonie, le 6 août 1892, probablement victime des conditions de détention particulièrement éprouvantes.

1Journal de l’Indre-et-Loire, 23 décembre 1890. Archives départementales de l’Indre-et-Loire.

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Cet article a été publié le samedi 6 décembre 2014 à 9:50 et est classé dans Crimes en Touraine. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.
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