Même si le droit pénal ne les reconnait d’un point de vue législatif, les crimes passionnels engendrent souvent la clémence des jurés. La  preuve avec l’histoire d’Eugène Gallé en 1898 à Saint-Germain-sur-Vienne.

7 septembre 1898. Eugène Gallé, petit brun au visage creusé, s’installe à la table de son ami Armand Gris, maréchal-ferrant à la Chaussée, commune de Saint-Germain-sur-Vienne. Le visage pâle, la sueur dégoulinant de son front, Gallé, cultivateur de 25 ans, siffle la bouteille d’eau de vie en quelques minutes et lance en quittant les lieux. « Je viens de tuer Marceline. Au revoir ! »

Sous le choc, Gris voit son ami disparaître derrière d’autres habitations, où des hurlements de femmes jaillissent presque aussitôt. Conscient que Gallé vient de commettre une bêtise, Gris se lance aussitôt à sa poursuite et le découvre dans la Vienne à trois mètres du bord en train de se débattre. Avec un autre voisin, il se jette à l’eau et parvient à le sortir de l’eau ; mais à peine parvenu sur la berge, Gallé se précipite de nouveau dans la rivière en hurlant. « Laissez-moi, je suis un homme perdu, j’ai tué Marceline ». Finalement, la seconde tentative est la bonne. Gallé est mis au sec.

 

Un crime d’une violence inouie

Malgré ce sauvetage, l’inquiétude est immense. A la Chaussée, personne n’ignore qui est Marceline. Il s’agit de Marceline Vignolle, une jeune femme dont Gallé est profondément épris. Trois villageois décident de se rendre à son domicile. Ils découvrent la malheureuse gisant dans une mare de sang, le cou tranché. Près d’elle, se trouvent un rasoir et une alène : les armes du crime. Avec l’arrivée du juge d’instruction et des gendarmes, l’enquête commence. Elle va révéler l’horreur des faits.

En début de matinée du 7 septembre, Eugène Gallé rend visite à Marceline. L’accueil est glacial. Quelques phrases suffisent à Eugène pour comprendre que ses espoirs de mariage sont voués à l’échec. La veille, il avait bien vu Joseph Travet, un autre prétendant, sortir de chez elle. Cette fois, c’est certain, Marceline ne sera jamais à lui. Il décide de retourner chez lui. Là, il déjeune rapidement, s’empare de quelques pièces, d’un rasoir et d’une alène avant de rendre une nouvelle visite à Marceline. Il la trouve dans la cave. L’air de rien, Eugène lui explique qu’il est venu lui rendre de l’argent. Avant de partir, il demande à l’embrasser une dernière fois. Marceline accepte et tend la joue. Au même instant, Eugène s’empare de son rasoir et lui tranche le cou au niveau de la carotide droite. Marceline s’écroule en hurlant. Non content de son geste, l’assassin se penche sur sa victime, lui cisaille le cou jusqu’à la colonne vertébrale avant de lui planter son alène sous le menton.

70 centimètres d’eau

Le 21 décembre 1898, une foule énorme se présente au palais de justice de Tours pour assister au procès de « l’amoureux féroce », nom que lui a donné le journaliste de la Touraine Républicaine. « Depuis deux jours on disait dans le pays qu’elle allait se marier avec un autre, alors je suis allé la voir pour lui réclamer mes effets ; je lui dis : – C’est donc vrai que tu veux te marier avec un autre, le nommé Travet ; elle m’a répondu que ce n’était pas vrai. La veille du crime, j’ai vu Travet sortir de chez elle. Ca m’a monté la tête 1» explique l’accusé qui rejette toute préméditation. Sa bonne réputation, la promesse de mariage que lui avait faite Marceline et sa tentative de suicide ont certainement pesé lourd dans le verdict et ce, malgré les 70 centimètre d’eau à l’endroit où il s’est jeté dans la Vienne. Après vingt-cinq petites minutes de délibération, le jury le reconnaît coupable d’homicide sans préméditation, le tout avec le bénéfice des circonstances atténuantes. Eugène Gallé est condamné à 7 ans de bagne. Il devra au passage payer la somme de 5000 francs à Mme veuve Vignolle, la mère de la victime.

1 Touraine Républicaine. 23 décembre 1898. Archives départementales de l’Indre-et-Loire.

Tags: , , ,

Cet article a été publié le dimanche 10 juin 2012 à 5:14 et est classé dans Crimes en Touraine. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Les commentaires et les pings sont actuellement fermés.
'