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Juil

Le crime de la Côte Saint-Hubert (Sainte-Pezenne, 1930)

   Ecrit par : Olivier Goudeau   in Crimes en Deux-Sèvres

Les crimes d’adolescents sont souvent mal préparés et particulièrement violents. L’affaire de la Côte Saint-Hubert en 1930 en est un bel exemple.

Pierre Pairault n’en démord pas. Ce n’est pas lui qui a tué sa femme. Assis face aux enquêteurs qui le harcèlent de questions, le vieillard de 72 ans ne sait plus quoi dire pour prouver son innocence. Depuis des heures, cet ancien tailleur de pierre ne cesse de répéter la même chose. La veille, le 10 décembre 1930, il est parti travailler à sa vigne comme tous les matins. Il était 7 h 30 environ. De son domicile situé sur la côte Saint-Hubert à Ste-Pezenne près de Niort, il ne lui faut que quelques minutes pour rejoindre son jardin. En revenant chez lui vers 11 h 30, il a trouvé porte close. Il fit le tour du pâté de maison et rentra chez lui par une cour de derrière. Lorsqu’il pénétra chez lui, il découvrit son épouse dans son sang allongé au pied du lit, morte.

Les enquêteurs restent sceptiques. En interrogeant les voisins et l’entourage de Pierre Pairault, ils ont appris que des tensions existaient dans le couple notamment au sujet d’une maison que le septuagénaire se faisait construire en haut du côté Saint-Hubert pour y habiter. « Sa femme n’approuvait pas ce projet et il parait qu’elle refusait de se dessaisir de l’argent nécessaire pour achever la petite construction » explique même le journaliste du Mémorial des Deux-Sèvres. Pierre Pairault a beau se défendre, le juge d’instruction reste inflexible. Le veuf est le suspect numéro un. La victime a été vue à 7 h 30 par une voisine. A 11 h 30, elle était morte. Le crime s’est donc produit au cours de ces quatre heures. Or, l’épouse fermait toujours la porte d’entrée de la maison donnant sur la route de Fontenay. L’assassin est donc forcément passé par le derrière. Or à cet endroit, des voisins, disposant d’une vue sur cette cour, auraient certainement vu l’assassin sortir.

Un étrange demi-crayon rouge

Les jours passent et Pierre Pairault ne lâche pas. Le 13 décembre, le vieillard est finalement autorisé à revenir chez lui. L’enquête repart à zéro. Chargé des investigations, l’inspecteur principal Brétecher est alors attiré par deux détails. Le premier n’est autre qu’un demi- crayon rouge qui a servi à bloquer le loquet de la porte d’entrée. Pierre Pairault ne le connait pas. Il est donc très probable que l’objet appartienne à l’assassin. Or à première vue, c’est le genre de crayon qu’utilisent les charpentiers ou les menuisiers. L’autre point est aussi intéressant. Dans un local dépendant de la maison des Pairault, du foin semble avoir été foulé, comme si quelqu’un y avait dormi. Dans ce cas, l’assassin a probablement passé la nuit sur place. Avec ces éléments, les enquêteurs multiplient les interrogatoires des voisins car ils sont convaincus que seul un habitué des lieux pouvait savoir que la victime laissaient la porte de sa cour ouverte. Ils apprennent ainsi qu’un jeune homme de 18 ans, Maurice Pijault, a été vu dans le voisinage la veille du crime. Le garçon qui vit chez son frère à quelques maisons de là n’a pas très bonne réputation. Il a déjà été condamné pour vol. A Niort Pigeau travaille dans une scierie rue de Brioux. Dans cette entreprise, chaque employé reçoit un demi-crayon rouge à son embauche. Depuis le crime, Pigeau a disparu. Il est finalement arrêté à Niort sous le pont de chemin de fer de la rue la Burgonde où il couchait. Lors de son procès qui s’ouvre en mars 1931, le gamin reconnait les faits. Il explique que, vivant chez son frère, il savait que les époux Pairault avaient de l’argent. Il a donc décidé de les voler en dormant dans les servitudes des époux. Une fois, le mari parti, il a pénétré dans la maison pour tuer l’épouse à coup de bâton avant de l’étrangler. La malheureuse victime a lutté une demi-heure. Sur place, il a pris 115 francs et des bons de la défense nationale qu’il est allé solder à La Rochelle et à Nantes pour 2000 francs avant de revenir sur Niort.

 

Déjà condamné à Saintes

C’est un jeune garçon aux traits fins et cheveux bruns peignés en arrière qui se présentent devant la cours d’assises des Deux-Sèvres, le 4 mars 1931. Le début du procès est l’occasion pour le Président de brosser le portrait du garçon. Né à Niort le 12 mars 1912, Marcel Pijault n’a que 6 ans lorsque son père décède d’une paralysie générale à l’Asile des Aliénés de Niort. A 9 ans, il est placé à l’hôpital de Niort « où il reçoit sa première éducation et une instruction primaire.1 » Il en sort à 14 ans. Dès lors, c’est son grand frère Roger qui s’occupe de lui. Successivement apprenti mécanicien, garçon de café puis ouvrier d’usine, l’adolescent peine à trouver sa place en raison d’un caractère violent. Il vole même 1100 francs à l’un de ses patrons. En octobre 1928, le tribunal de Saintes le condamne à un mois de prison avec sursis. Maurice Pijault est alors remis à son tuteur. Il reprend sa place d’ouvrier puis entre à la scierie Lavaud en juillet 1930. Le 3 décembre, il demande un à-compte à son patron qui lui refuse. Fâché, il démissionne et part avec son salaire de 51 francs.

 

– « Combien deviez-vous d’argent aux uns et aux autres2 ? » lui demande le Président

– 180 francs à mon frère pour une quinzaine de jours de pension et une quarantaine de francs ailleurs.

Le Président décrit ensuite le terrible passage à l’acte. A l’évocation du crime, l’auditoire frémit. De son côté, Maurice Pijault, impassible, ne dit presque plus rien. Commence ensuite un long défilé de témoins. Parmi eux, le docteur Trivas, médecin chef à l’Asile des Aliénés de la Providence de Niort. Grand spécialiste des maladies mentales l’expert explique aux jurés que l’accusé est parfaitement responsable de ses actes. En fin de journée, M. Chebrou, procureur de la République, demande « le châtiment suprême  pour ce crime affreux perpétré avec sauvagerie3. » C’est avec l’ambition de sauver la tête de son client que Me Jean de Lacoste, l’avocat de la défense, entame sa plaidoirie. Pendant une heure, il argumente sur les tares mentales de l’adolescent, troubles hérités de sa famille. « Vous ne pouvez pas condamner à mort un être dont la responsabilité est incontestablement entamée. » La plaidoirie porte ses fruits. Après une courte délibération, les jurés accordent à l’accusé le bénéfice des circonstances atténuantes. Maurice Pijault est reconnu coupable. Il est condamné à vingt années de travaux forcés.

1 Mémorial des Deux-Sèvres, 5 mars 1931. Archives départementales des Deux-Sèvres

2 Mémorial des Deux-Sèvres, 5 mars 1931. Archives départementales des Deux-Sèvres

3 Mémorial des Deux-Sèvres, 6 mars 1931. Archives départementales des Deux-Sèvres

 

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Cet article a été publié le jeudi 12 juillet 2012 à 3:34 et est classé dans Crimes en Deux-Sèvres. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Les commentaires et les pings sont actuellement fermés.

Commentaires

  1. carole dit :

    Merci pour ce récit passionnant. Je ne passerai plus dans ces quartiers de la même façon…

  2. MTV dit :

    Bravo. J ai passe mon enfance tout près de ce lieu. C est incroyable cette histoire.

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