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Le crime de la Grusardière (Vasles, 1873)

   Ecrit par : Olivier Goudeau   in Crimes en Deux-Sèvres

L’affaire Viault à Vasles en 1873 illustre parfaitement la pression de la communauté villageoise sur les femmes au XIXe siècle. Pour continuer d’en faire partie, certaines sont même prêtes à commettre l’irréparable.

23 juin 1873. Au village de la Grusardière, dans la commune de Vasles, les enfants participent depuis toujours aux travaux des champs.La IIIe République, tout juste installée, n’a pas encore rendu l’école obligatoire. En cette matinée d’été, ils sont trois jeunes bergers à surveiller un troupeau de moutons dans une lande à l’orée des premières maisons. Pour les aider dans leur tâche, un chien dressé les accompagne. Seulement, depuis quelques minutes, l’animal domestique ne donne plus signe de vie. Les trois enfants se mettent à sa recherche et le retrouve sur les bords d’une mare non loin de là. Ils s’approchent. Le chien semble particulièrement nerveux. Tout en grattant frénétiquement le sol de ses pattes,  l’animal tente de dégager une masse informe de la terre. Quelques secondes plus tard, les enfants reculent d’un pas, épouvantés. Le chien vient de déterrer le cadavre d’un nouveau né.

L’heure suivante, les gendarmes sont présents sur les lieux. Ils acquièrent la certitude qu’une femme du village a accouché il y a peu et à supprimer son enfant. Grâce aux interrogatoires des villageois, une « coupable » est rapidement désignée par la clameur publique : Radégonde Viault, 20 ans. Domestique, la jeune fille jouit d’une mauvaise réputation en raison de mœurs légères. Certains  témoins rapportent son « inconduite notoire[1] » d’autres évoquent sa grossesse avancée.  Radégonde est aussitôt interrogée. A la différence des autres jeunes femmes de son âge inculpée d’infanticide, l’accusée reconnait les faits. Oui elle a caché sa grossesse. Oui  elle a tué son enfant. Oui, il était vivant au moment de la naissance. Oui elle a essayé d’avorter en prenant un breuvage quelques mois plus tôt.  Les détails ? Elle les livre sans concession.  Elle a accouché cinq jours plus tôt en se plaçant sur un vase nuit. Lorsque le nouveau né a été expulsé, « il ne restait en dehors du vase que les jambes à partir des jarrets[2] » explique-t-elle au juge Bordier.  Pour le tuer, elle s’est assise sur sa tête avant de le cacher dans le coffre de sa chambre. «Le lendemain, je l’ai placé dans mon tablier relevé jusqu’à ma ceinture » ajoute-t-elle. « Je l’ai jeté dans un trou plein d’eau au milieu des branches. » Seulement, le médecin chargé de l’ausculter est persuadé que Radégonde a eu d’autres grossesses auparavant. Pour le juge, c’est la preuve que la jeune femme a commis d’autres infanticides avant celui-ci. « Je n’ai jamais eu d’autres enfants » s’insurge-t-elle. Elle confesse pourtant que par deux fois au cours des trois dernières années, ses règles se sont arrêtées, l’une de trois ou quatre mois, l’autre neuf.

En adoptant cette attitude pleine de franchise, Radégonde Viault pouvait s’attendre au pire devant la cour d’assises. Ce fut le cas. Infanticide, tentative d’avortement, mauvaise réputation, soupçons d’autres meurtres, autant d’éléments qui ont pesé lourd à l’heure du verdict. Alors que certaines accusées d’infanticides n’écopent que de quelques mois de prison, Radégonde est envoyé aux travaux forcés pour huit années. Une peine très lourde pour l’époque.


[1] Expression présente dans l’acte d’accusation.

[2] Déclaration de Radégonde Viault lors de son interrogatoire  du 2 août 1873.

 

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Cet article a été publié le dimanche 24 juin 2012 à 1:42 et est classé dans Crimes en Deux-Sèvres. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Les commentaires et les pings sont actuellement fermés.
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