La passion amoureuse engendre parfois des drames terribles qui dépassent largement la portée de ceux qui les avaient envisagés. Les amoureux rêvaient de vivre un amour absolu. Au lieu de cela, ils vont vivre l’enfer. L’affaire des amants des Grêlons qui suit en est la triste preuve….

Aux Grêlons, dans la commune de Bouillé-Loretz, Auguste Sorin et son épouse, la trentaine, tiennent une ferme située dans le nord du département. A première vue cette exploitation agricole ressemble à toutes les autres. Pourtant, en plein été 1933, un premier évènement extraordinaire va provoquer une réaction en chaîne fatale.

15 juillet 1933. Aux Grêlons, le calme règne sur la ferme des Sorin. Un calme bien trompeur En fait l’ambiance est des plus torrides. Cachés dans la maison, un homme et une femme s’embrassent avec fougue. L’étreinte est passionnée. Lorsqu’elle s’achève, l’homme s’enfuie en courant. Il s’agit de Lucien Hucault. Le garçon de 25 ans, domestique de la famille Sorin, est heureux comme jamais. Depuis le temps qu’il convoitait la femme de son patron. Quatre mois d’une cour assidue lui ont été nécessaires pour parvenir à ses fins. Il était si malheureux hier, lorsque son amour s’est refusée à lui. A présent il savoure ce moment de plaisir. Pendant plusieurs semaines, Hucault et sa maîtresse, plus âgée de 8 ans, poursuivent cette relation passionnée. La femme est tombée sous le charme de ce domestique plus avenant que son époux. Un jour d’août, Auguste Sorin découvre les deux amants en pleine étreinte. Au lieu de se fâcher, le fermier préfère faire demi-tour. Hucault et sa maîtresse sont bouleversés. Démasqués, les amoureux sont sidérés par la réaction du mari ; une attitude qui les met mal à l’aise. Dans une ambiance malsaine, Hucault et Sorin continuent de travailler ensemble. Le patron ne parle plus à son employé sauf pour lui donner des consignes pour le travail. Jamais, les deux hommes n’évoquent l’incident. Le mari adopte la même attitude avec son épouse.

« Que je ne revoie plus jamais celà ! »

Le 2 janvier, la tension monte d’un cran. Sorin surprend de nouveau les amants. Comme la première fois, l’homme préfère ne rien dire. Mais Hucault comprend que le mari ne supportera certainement pas une autre incartade. D’ailleurs, Sorin lance un ultimatum à sa femme : « Que je ne revoie plus jamais cela ! » (1) Malgré cette menace, Hucault et sa maîtresse poursuivent leur jeu dangereux. Le soir du 31 janvier 1934, le domestique est seul dans sa chambre. Soudain, quelqu’un pénètre dans la pièce. Surpris, le jeune homme se retourne et voit sa maîtresse s’approcher de son lit. Profitant d’une absence de son mari, la femme a quitté sa chambre pour pénétrer dans celle de son amant. A présent, elle se penche sur lui et l’embrasse. Les amoureux s’enlacent lorsqu’un bruit les arrête net. Sorin est de retour. Il est dans la maison. En toute hâte, la femme bondit du lit, sort de la chambre et parvient à rejoindre la sienne sans éveiller les soupçons.

Le village accuse

Dans son lit, Hucault n’en peut plus. Il ne veut plus partager la femme qu’il aime. Alors au petit matin, il se lève, monte sur sa moto et quitte la ferme. Il a prévenu ses patrons qu’il passera la journée chez sa mère. Seulement, à peine a-t-il quitté la ferme, qu’il s’arrête. Il cache sa moto dans une haie et revient à pied en direction de l’écurie. Debout, il s’installe derrière la porte et attend. Armé d’un fusil, le garçon patiente quarante-cinq minutes. Soudain, Auguste Sorin se présente devant l’entrée de l’écurie. Hucault le distingue dans le jour naissant. Le patron a un geste d’hésitation mais finit par avancer. A peine a-t-il franchi le seuil de la porte qu’il reçoit à bout portant une balle qui lui transperce la joue. Sorin s’écroule, terrassé. Au petit matin, les gendarmes découvrent le cadavre de l’agriculteur avec un fusil près de lui. Ils concluent à un suicide. Sorin est enterré. Les habitants de Bouillé-Loretz ne l’entendent pas ainsi. Ils expliquent aux enquêteurs les relations intimes qui liaient Hucault et la femme du défunt. Le domestique est arrêté et finit par reconnaître les faits.

L’instruction sépare définitivement les amants des Grelons, Lucien accusant sa maîtresse de « l’avoir poussé à commettre le crime », cette dernière reprochant au domestique de « l’avoir détourné de son devoir conjugal. » (1) La fin de l’enquête conclut à l’innocence de Mme Sorin. Lucien devra répondre seul de son crime devant la cour d’assises des Deux-Sèvres. (A suivre)

(1) : Le Bôcage et la Plaine, 17 février 1934 (archives 79)

 

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Cet article a été publié le dimanche 2 septembre 2012 à 11:24 et est classé dans Crimes en Deux-Sèvres. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.
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