La folie pour se disculper d’un crime. C’est avec cet argument que René Boismoreau se présente devant la cour d’assises des Deux-Sèvres le 29 septembre 1926. Ce cultivateur de 38 ans, père de deux enfants, a cru qu’il pouvait berner les jurés avec la stratégie de l’irresponsabilité. Il s’est trompé… mais pas complètement.

Un an plus tôt, le 12 août 1925, René Boismoreau et son épouse, Marie-Marcelline, sortent séparément du tribunal de Bressuire. La femme, lassée par la violence de son mari, a décidé d’entamer une procédure de séparation. Après de longues minutes d’échanges devant le juge, une ordonnance de non-conciliation est prononcée. René Boismoreau est condamné à résider « hors du domicile conjugal1 » et à verser 150 francs par mois de pension alimentaire. Aussitôt le couple quitte le Palais de justice et monte dans le train en direction de son domicile à Croix-Lucet, commune de Bouillé-Loretz. Avant de monter, René Boismoreau a juste eu le temps de faire une petite course chez l’armurier du coin.

« J’ai aperçu deux belettes »

Le lendemain à 5 h 45 du matin, l’époux se présente spontanément à la gendarmerie d’Argenton-l’Eglise. « Je viens me constituer prisonnier, explique-t-il aux gendarmes. Cette nuit j’ai tué ma femme et ma belle-mère à coups de fusil au cours d’une crise de fièvre paludéenne ». Les autorités se rendent immédiatement à Croix-Lucet et découvrent les cadavres des deux femmes. Une information est immédiatement ouverte. Grâce aux témoignages de l’accusé et de Marie-Jeanne, sa fille de 6 ans, qui est parvenue par miracle à se sortir de cet enfer, les enquêteurs sont en mesure de reconstituer les circonstances du drame.

Revenu de Bressuire vers 20 h 30, René Boismoreau disparait aussitôt dans un « local » de son habitation. De là, il sort un fusil de calibre 12 et glisse à l’intérieur les cartouches tout juste achetées. Il se met ensuite à table avant de se sentir mal. Dans les dépendances de la maison, Marie-Marcelline et sa mère ignorent la présence de René. A partir de là, les déclarations de l’accusé différent de jour en jour. Il explique notamment être sorti dans son jardin pour s’étendre dans l’allée du milieu. « Au bout d’un certain temps, j’ai aperçu deux belettes se poursuivant sur le faite du mur du fond du jardin […]. J’ai chargé mon fusil et au moment où je m’apprêtais à tirer, la porte du corridor s’est brusquement ouverte. J’ai eu l’impression que c’était ma femme qui sortait pour me frapper2. »

La fin de l’histoire est en revanche établie. En entendant la détonation du premier coup de feu, probablement tiré en l’air pour attirer leur attention, Marie-Marcelline et sa mère se précipitent sur le perron de la porte d’entrée. Les deux femmes sont abattues à tour de rôle, l’épouse d’une décharge, sa mère de deux. Pendant de longues semaines, les experts se déchirent sur le cas de la responsabilité du prévenu. Trois médecins bordelais évoquent d’avantage les excès alcooliques que des séquelles du paludisme, contracté sur le front oriental en 1918. «  Boismoreau est un débile, d’intelligence bornée […]. Son crime commis, il a songé à l’imputer à la maladie et a invoqué le paludisme dont il dit avoir été atteint. » Le docteur Dezwarte note de son côté que Boismoreau était « en état de démence au moment de l’acte. » Le cultivateur est finalement traduit devant les jurés de la cour d’assises qui le reconnaissent coupable du double meurtre mais, probablement gênés par ces querelles d’experts, rejettent la préméditation. Boismoreau est finalement condamné à dix ans de travaux forcés. Une pleine clémente pour un double meurtre mais terriblement lourde pour un irresponsable.

1 Acte d’accusation. Dossier de procédure. Archives départementales des Deux-Sèvres.

2 Interrogatoire de l’accusé. 11 juin 1926. Dossier de procédure. Archives départementales des Deux-Sèvres.

Retrouvez cette chronique sur le site de La Nouvelle République :

http://www.lanouvellerepublique.fr/Deux-Sevres/Actualite/24-Heures/n/Contenus/Articles/2012/07/19/Assassin-froid-et-determine-ou-irresponsable

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Cet article a été publié le vendredi 21 septembre 2012 à 4:08 et est classé dans Crimes en Deux-Sèvres. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.
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