30
Juil

Le forcené de la Briette (Celles-sur-Belle, 1919)

   Ecrit par : Olivier Goudeau   in Crimes en Deux-Sèvres

Se pencher sur l’histoire de l’assassin pour essayer de comprendre son geste. Tel est l’enjeu des procès en assises. Un flash-back qui permet de prendre conscience des ruptures qui ont conduit au drame. Exemple avec le destin d’Alfred Caillon.

« Aujourd’hui se juge le procès d’Alfred Caillon de Fressines qui, après avoir tiré sur sa femme, aurait fait de véritables hécatombes de victime si, par bonheur son arme défectueuse ne l’avait empêché de réaliser ses criminels desseins. » C’est par ces mots que le journaliste du Mémorial des Deux-Sèvres introduit, dans son édition du 3 octobre 1919, le procès de l’un des crimes les plus marquants du début du XXe siècle en Deux-Sèvres. Un crime que beaucoup savait inévitable. Le curé de Mougon sort son pistolet

L’origine du drame est difficile à cerner mais il tient en la personnalité d’Alfred Caillon, un garçon, né le 3 mai 1889,  que sa mère a toujours présenté comme impulsif. Au cours de sa jeunesse, il participe à de nombreuses bagarres. En 1906, l’abbé Roy, curé de Mougon, est menacé avec une bèche. Seul le révolver brandit par l’homme d’Eglise dissuade l’agresseur. A ce caractère difficile s’ajoute l’horreur de la Première Guerre Mondiale à laquelle le jeune homme participe. Malgré la férocité des combats, Alfred Caillon parvient à sortir vivant des tranchées. L’un de ses frères n’a pas cette chance. Le jeune homme est libéré en mars 1919. Il a à peine 30 ans. En toute logique, il retourne s’installer à la Briette près de Celles, dans la ferme de sa belle famille. Marié à Alice Fouchier depuis le 27 novembre 1912, il doit y reprendre sa place au côté de son beau-père, Julien. Son fils, de quatre ans, l’y attend. La guerre achevée, l’avenir lui tend les bras.

Les maison de tolérance avec les copains

Pourtant rien ne se passe comme prévu. Alfred Caillon aime la boisson ce qui n’améliore pas son caractère déjà bien trempé. Il multiplie les liaisons extra conjugales notamment dans les maisons de tolérances. Dans ce contexte, les tensions sont extrêmes à la ferme des Fouchier. Les sorties en famille sont le théâtre de cette scène surréaliste. Le 22 mai 1919, Alfred et son épouse sont à Niort pour affaire. Dans les rues, Alice est humiliée et traitée d’ « avorteuse » devant des badauds consternés. A leur retour à la ferme, Caillon est dans un état d’excitation extraordinaire. « Bandit » « Voleur » hurle-t-il à la face de son beau-père en le frappant à l’épaule. Ce dernier fait profil bas. Quinze jours plus tard, le 8 juin, une nouvelle scène éclate lors du déjeuner. Caillon se dresse soudainement et d’un geste rapide arrache le chapeau de Julien Fouchier. Il hurle en désignant du doigt le fusil de chasse accroché près de la cheminée. « D’ici 24 heures, je vous zigouillerai tous avec l’arme qui est ici[2]. » Effrayée, la famille laisse passer l’orage. Mme Fouchier préfère tout  de même cacher les cartouches. Bien lui en prend car le 8 juin, au cours d’une nouvelle crise provoquée par l’ivresse, Caillon demande les cartouches à sa belle-mère. La femme refuse. « Je te zigouillerai d’ici 24 heures vieille saloperie » lui lance-t-il. Le lendemain, Caillon menace de nouveau son beau-père. Cette fois, le chef de famille se défend. «  Je ne veux plus te voir » hurle-il. En retour, Caillon lui assène un terrible coup de poing dans l’œil avant de se jeter sur lui. Lorsque les voisins et les gendarmes débarquent, la dispute est terminée.

Avec son fils pour témoin

Dès lors, le drame semble inévitable d’autant qu’Alice a demandé le divorce. Le 9 juillet, dans les rues de Briette, Alfred Caillon retrouve son épouse et son beau-père qui reviennent des champs. Caillon a prévu de passer à l’action. Chose incroyable, il a décidé d’emmener son enfant avec lui pour qu’il assiste à l’exécution de sa mère. Avant de tirer sur Julien Fouchier avec un révolver sorti de sa poche, il prend la précaution de placer son fils à côté de lui. Deux détonations claquent. Manqué. Caillon décide de changer de cible. Il se lance après Alice partie se réfugier derrière les vaches. L’agresseur tire deux nouveaux coups de feu. Alice s’écroule. Il s’approche d’elle, la met en joue, appuie sur la gâchette mais le coup ne part pas. Alerté par les détonations, trois jeunes villageois débarquent sur les lieux du drame. L’un d’eux, nommé Touillaud, se jette sur Caillon qui appuie sur la détente mais l’arme s’enraye de nouveau.  Dupuy prend le relais. Caillon tente une dernière fois de tirer sur le garçon. Trop tard. Les jeunes gens  l’empêchent désormais de bouger.

Un beau-père provocateur ?

Lorsque Caillon est traduit devant cour d’assises le 2 octobre 1919, il doit répondre de deux tentatives d’assassinats et de deux tentatives de meurtres. Alice est bien présente. Après trois semaines de soin, la femme, touchée par une balle qui a frôlé son rein droit, s’est remise. Pour se défendre, Caillon avance une explication. « C’est mon beau-père qui me provoquait. » Il faut croire que l’argument séduira les jurés qui le reconnaissent uniquement coupable de deux tentatives de meurtre sur sa femme et son beau-père. Les magistrats le condamnent à cinq ans de prison et dix ans d’interdiction de séjour.

 



[2] Acte d’accusation.

Tags: , , ,

Cet article a été publié le mardi 30 juillet 2013 à 8:52 et est classé dans Crimes en Deux-Sèvres. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.
'