13
Sep

Le monstre de la rue du Cygne (Tours, 1924)

   Ecrit par : Olivier Goudeau   in Crimes en Touraine

L’affaire Zeiro Finatti en 1924 à Tours est l’une des plus sordides du XXe siècle. Cet Italien de 39 ans sera le dernier condamné exécuté en public en Touraine.

L’air triste, Zeiro Finatti passe son mouchoir sur sa moustache et sur ses yeux. Cet Italien de 39 ans, qui ne maîtrise absolument pas le Français, se trouve pourtant en ce 26 juin 1924, face à l’une des plus impressionnantes institutions de l’hexagone : la cour d’Assises.L’histoire débute deux mois et demi plus tôt. En cette soirée du dimanche 13 avril 1924, Mme Arloux, 63 ans, propriétaire d’une maison à Tours, au 29 rue du Cygne, vaque à ses occupations. Pour arrondir ses fins de mois, elle loue une chambre à une fille de petite vertu, Suzanne Lavollée. Suzy, comme tout le monde l’appelle, travaille au café Gautry, rue de la Scellerie à Tours. Pour ramener des clients , la prostituée doit d’abord se faire ouvrir la porte de la maison par sa propriétaire. Elle peut ensuite accéder à sa chambre. Aujourd’hui, Suzy a  bien travaillé. Un client est même revenu deux fois.

Un cadavre mutilé

A 20 heures, quelqu’un frappe à la porte de Mme Arloux. La femme s’empresse d’aller ouvrir. Ce doit être Suzy et son compagnon qui repartent se dit-elle. La logeuse ouvre et tombe nez à nez avec le client. L’homme semble pressé. A peine, Mme Arloux a-t-elle le temps d’ouvrir la porte qu’il s’engouffre dans le passage et disparaît. Alors qu’elle retourne à ses occupations, Mme Arloux tend l’oreille. Aucun bruit dans la chambre de sa locataire. Etrange. Elle se dirige vers la chambre et frappe à la porte de la jeune femme. Aucune réponse. Elle renouvelle plusieurs fois ses appels avant de se décider de rentrer. La vue épouvantable du cadavre éventré de Suzy la stoppe alors net dans son élan.

Les autorités arrivent sur les lieux du crime quelques instants plus tard. Le médecin légiste explique que la victime a reçu un violent coup sur la tête alors que son agresseur la maintenait au sol en lui appuyant fortement un genou sur la poitrine. Après avoir essayé de l’étrangler, il lui a planté un terrible coup de couteau dans l’estomac qui a sectionné une partie de l’intestin ainsi que le pancréas et pénétré jusqu’à la colonne vertébrale. En retirant son arme,  le meurtrier a ensuite ouvert le ventre de haut en bas, sur une longueur de 20 centimètres, avant de mutiler la prostitué.

Un  client venu deux fois

Rapidement les enquêteurs apprennent que Suzy a passé l’après-midi avec un étranger. Le client serait même allé deux fois chez elle. Grâce au témoignage de Mme Arloux et des clients du bar, un signalement très précis de l’homme permet à l’enquête de progresser. Le lendemain, Zeiro Finatti, un Italien de 39 ans, travaillant à Tours depuis 1923 est arrêté. Interrogé, le prévenu commence par nier les faits avant d’avouer lorsque la justice trouve chez lui des objets et des bijoux appartenant à la victime.

Son procès s’ouvre un peu plus de deux mois après les faits. Dans la salle des Pas-Perdus du Palais-de-Justice, le public n’est pas venu en nombre. Les rares curieux découvrent un homme à la peau rosée, aux paupières gonflées et à la bouche cachée par une moustache blonde. Grâce à un interprète, le Président interroge un accusé qui dit ne se rappeler de rien au sujet du crime. »Comment avez-vous fait connaissance avec la fille Lavollée? (1) » lui demande le président. « Je suis entré au Café Gautry où j’ai pris quelques consommations. La fille m’a fait signe de la suivre et j’ai été dans sa chambre. » « A quelle heure? » « Entre trois et quatre heures. »  » Combien avez-vous donné à la fille Lavollée? »  » 20 francs. » « Vous avez eu une discussion au sujet du paiement des consommations? » « Oui »

« Je ne me souviens plus de rien. »

« Qu’avez-vous fait ensuite? » « J’ai été dîner et je suis revenu voir la fille Lavollée, nous avons bu ensemble. » Vous êtes revenu une seconde fois chez la fille Lavollée. Qu’est-ce qui s’est passé? » « Quand je suis rentré dans la chambre, la fille m’a demandé combien je lui donnais. Quand j’ai ouvert mon portefeuille, la fille a vu un billet de 50 francs, dont elle s’est emparée. » « Vous lui avez réclamé? » « Oui » « Qu’est-ce que la fille vous a dit à ce moment là? » « Elle m’a dit : -ça ne te fais rien, tu en as beaucoup d’argent? » « Qu’avez-vous fait ensuite? » « Ayant perdu la tête, je serrai le cou de la fille et je ne me souviens plus de rien. » Le président lui montre la photographie de Suzanne, mutilée sur son lit. « C’est vous qui avait fait cela? » lui lance magistrat avec force. « Oui mais je ne sais plus pourquoi. » Le président poursuit mais Finatti continue de prétendre qu’il ne se souvient plus de rien. L’interrogatoire s’éternise. La traduction plonge le débat dans des longueurs interminables. Le président insiste en évoquant le vol. « C’est pour me dédommager de la perte des 50 francs. » « Pourquoi avoir mutilé ainsi la fille Lavollée. »  » Je ne sais pas. »

Face à ce crime ignoble, les jurés seront finalement sans pitié. Reconnu coupable d’assassinat sans bénéfice de circonstances atténuantes, Zeiro Finatti est condamné à mort. Il est guillotiné le vendredi 19 septembre 1924 à six heures du matin. Ce sera le dernier criminel exécuté en public en Indre-et-Loire.

(1) : Touraine Républicaine, 19 septembre 1924.

Tags: ,

Cet article a été publié le jeudi 13 septembre 2012 à 6:11 et est classé dans Crimes en Touraine. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.
'