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Jun

Le sauteur du pont Main (Niort,1886)

   Ecrit par : Olivier Goudeau   in Crimes en Deux-Sèvres

 

27 avril 1886. En début d’après-midi, une femme d’une cinquantaine d’années marche dans les allées paisibles des jardins de la place de la Brèche. Par cette belle journée de printemps, elle ne se doute pas que sa vie va prendre fin dans quelques minutes sous les yeux des passants ébahis.

Quelques heures plus tôt, rien ne laisse supposer un tel drame. Françoise Dufour est allée boire un verre avec Jean Laurent et M. Gouet. Le moment s’est révélé plutôt agréable même si le premier s’est de nouveau montré très pressant avec elle. Ce rémouleur de 27 ans doit probablement espérer renouer mais sa décision est irrévocable. Elle ne l’aime plus. Alors, à la sortie du bar, elle a remercié les deux hommes et a poursuivi son chemin seul.

En raccompagnant son camarade Gouet, Jean Laurent rumine sa rancœur. Il espérait convaincre son ancienne maîtresse de revenir avec lui. Mais il n’a jamais pu lui parler seul à seul. Après quelques minutes de marche commune, Jean Laurent arrive au domicile de son ami. Il le salut et retourne aussitôt sur ses pas. Il doit absolument retrouver Léonie. En s’installant dans les Deux-Sèvres quelques années plus tôt, il ne pensait voir sa vie prendre un tel tournant. Lui, le natif du Cantal était un infatigable travailleur. Mais depuis sa rencontre avec Léonie, sa vie a totalement changé. Devenu paresseux et sujet à la boisson, il n’a eu de cesse que de séduire cette femme beaucoup plus âgée que lui. Il y a deux jours, il s’est même jeté du pont Main pour se donner la mort après une nouvelle conversation avec elle.

Lorsqu’il l’aperçoit sur les hauteurs de la place de la brèche, dans les allées du jardin, son enthousiasme est immense. Il va pouvoir enfin lui dire tout ce qu’il ressent. D’ailleurs ce matin, il est passé lui rendre visite à trois reprises à sa maison de Saint-Florent mais il a trouvé porte close. La femme Coinot, sa voisine, a essayé de le dissuader d’essayer de la revoir. Alors il a pleuré pour essayer de récolter une information. En vain.

L’hôpital comme théâtre du crime

A présent, il s’avance vers elle. Mais à peine a-t-il fait un pas dans sa direction que Mme Coinot surgit au détour d’une allée. Le garçon peste contre ce coup du sort. Décidément, il n’arrivera pas à s’approcher de son ancienne maîtresse. Sous ses yeux, les deux femmes se saluent et font route commune en direction de Saint-Florent. Derrière elles, Jean Laurent les suit non sans les exaspérer. Les deux amies ont remarqué depuis longtemps sa présence. Alors de temps à autre, elles se retournent pour voir la position du suiveur. Mais à la hauteur de l’hôpital, tout bascule. L’amoureux transi sort de sous ses vêtements un long couteau, se précipite sur son ancienne compagne et plonge l’arme à deux reprises dans sa poitrine. Touché au thorax, à la plèvre, au poumon et au péricarde, la victime parvient à arracher l’arme plantée dans sa poitrine et finit par s’écrouler, morte, au pied du mur de l’hospice sans prononcer la moindre parole. Dans l’agitation, Jean Laurent parvient à prendre la suite avant d’être rattrapé par des passants.

Le 7 septembre 1886, Jean Joseph Laurent est traduit devant la cour d’assises de Niort. S’il reconnait le meurtre, il rejette la préméditation. Le couteau ? Il comptait le remettre à sa victime lorsqu’il est venu la voir à son domicile le matin. Quelques heures plus tard, les jurés le suive en rejetant la thèse de la préméditation et ne retenant que le mobile du meurtre. La cour le condamne à sept années de travaux forcés.

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Cet article a été publié le mercredi 20 juin 2012 à 11:01 et est classé dans Crimes en Deux-Sèvres. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Les commentaires et les pings sont actuellement fermés.
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