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L’empoisonneuse aux allumettes (Savonnières, 1898)

   Ecrit par : Olivier Goudeau   in Crimes en Touraine

C’est entendu, les femmes commettent moins de crimes que les hommes. Pourtant, lorsqu’elles se décident à franchir le pas, leurs procédés sont parfois imaginatifs et déroutants. La preuve…

Tours, 28 septembre 1898. Une foule énorme s’engouffre dans l’enceinte de la cour d’assises. En quelques secondes, le tribunal est plein à craquer. A 12 h 45, les plus chanceux qui sont parvenus à trouver une place découvrent enfin le visage de l’héroïne du feuilleton judiciaire qui tient en haleine les lecteurs de la presse quotidienne de l’Indre-et-Loire depuis plusieurs semaines.  Un mois et demi plus tôt, le 3 août 1898, Savonnières est sous le choc. Son facteur, Auguste Pasquier, vient de décéder à l’âge de 37 ans dans d’atroces souffrances. Rapidement, la rumeur publique accuse sa femme, Pauline Pasquier, née Carré, de l’avoir empoisonnée. Une information est ouverte. Les enquêteurs se penchent sur la vie de ce couple marié depuis dix ans et brossent assez facilement le portrait des deux protagonistes. Si le mari semblait des plus affectueux avec sa femme, cette dernière affichait une certaine aversion aux sentiments de son époux. Elle avait un amant, un voisin nommé M. Delpit. L’autre découverte des enquêteurs est plus compromettante. Ils apprennent que le 11 juin 1885, le couple avait « contracté chacun une assurance mixte aux termes de laquelle un capital de 8000 francs[1] ». En d’autres termes, avec la mort de son mari, Pauline Carré,  se retrouve à 31 ans à la tête d’une coquette somme de 8000 francs. En mai 1898, peu avant la mort de son époux, elle demanda même une augmentation de 4000 francs sur la tête de son mari mais la compagnie d’assurance, méfiante, refusa. Quelques jours plus tard, le malheureux facteur était victime de ses premiers maux d’estomac, douleurs qui se soldaient par sa mort le 3 août 1898. Les nombreuses investigations menées dans le village accablent Pauline. Des commerçants expliquent lui avoir vendue une très quantité d’allumettes. Dans quel but ? Les enquêteurs pensent qu’elle a récupéré l’extrémité rouge des bâtonnets pour la mettre dans l’assiette de son mari. Dans la fosse sceptique, ils découvrent 626 allumettes.

A son procès, l’épouse se défend énergiquement et nie tout en bloc : le crime, les relations extra conjugales, la haine de son époux, l’achat des allumettes… Le docteur Danner, chargé de l’autopsie, reconnaît que la victime n’avait pas une bonne santé mais il est certain qu’elle a  succombé à un empoisonnement, probablement au phosphore. Plusieurs témoins rapportent l’indifférence de l’épouse devant les souffrances abominables de son époux, d’autres ajoutent qu’elle demandait à une amie de faire le guet devant la porte de sa maison. Certains villageois rapportent les mixtures étranges qu’elle lui faisait boire. Dans la nuit du 29 au 30 septembre, les jurés accordent à l’accusée des circonstances atténuantes qui lui évitent la peine capitale. C’est au bagne que Pauline Pasquier a fini sa vie.  



[1] Dossier de procédure

Cet article a été publié le mardi 9 octobre 2012 à 9:02 et est classé dans Crimes en Touraine. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.
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