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Léonide une coupable innocente (Cussay, 1908)

   Ecrit par : Olivier Goudeau   in Crimes en Touraine

La banalisation des infanticides et la détresse des mères criminelles plongent les jurés dans des situations embarrassantes ; au point dans certains cas de prononcer des verdicts étranges. L’affaire Léonide Verna (1908) à Cussay  est là pour l’attester.

Eté 1908. La ferme des époux Louaut respire la joie de vivre. Aidée de leur domestique, Léonide Verna, la famille cultive quelques hectares de terre à la Maison-Neuve dans la commune de Cussay. L’aide de cette femme célibataire de 27 ans est précieuse car le travail quotidien sur la ferme est harassant. En ce soir du 19 août 1908, les époux Louaut et leur domestique savourent ce moment de répit. Même si les visages et les corps sont épuisés par les moissons, l’ambiance est paisible. Les regards affectueux sont concentrés sur le ventre de Léonide. La servante va mettre au monde un enfant dans quelques jours. Certes le futur nouveau-né est le fruit d’une relation illégitime mais tout a été prévu par les époux Louaut. Après l’accouchement, le bébé sera placé en nourrice et Léonide pourra revenir travailler sur l’exploitation. A 23 heures, les patrons rejoignent leur chambre qui juxtapose celle de leur domestique. La porte qui sépare les deux pièces est laissée ouverte. A cet instant, les fermiers ne se doutent pas qu’un drame va se jouer pendant leur sommeil.

Un linge recouvert de sang

Lorsque le jour se lève sur la ferme, tout semble normal. La femme Louaut est restée travailler à la maison ce matin. Elle range, nettoie et prépare déjà le repas du midi. Soudain, son corps se fige. En ouvrant l’armoire de sa domestique, son regard s’est posé sur un linge recouvert de sang. Elle tend la main et du bout des doigts tente de dégager le torchon pour voir ce qu’il cache. Le corps sans vie d’un nouveau né apparaît alors au grand jour.

Contre un corps dur ?

Dans les minutes qui suivent, les autorités sont prévenues. Très vite, les soupçons se portent sur Léonide. Après quelques minutes d’interrogatoire, la servante reconnaît avoir mis au monde son enfant seul vers trois heures du matin avant de l’étrangler. De son côté, l’autopsie apporte quelques précisions sur les circonstances de la mort de l’enfant. « Des traces d’ecchymoses profondes » et « une blessure grave au crâne » sont relevées. Il semble que la victime ait été « violemment jeté  au sol ou contre un corps dur[1]. »

Des charges accablantes

Lorsque le procès de Léonide s’ouvre le jeudi 1er octobre 1908, les charges qui pèsent contre elle, sont d’autant plus accablantes qu’elle a reconnu avoir donné la mort à son enfant en l’étranglant. Les coups, elle les rejette en bloc. « Je ne me rappelle pas » répond-elle la plupart du temps lorsque le Président l’interroge. Si le juge suppléant Roturier demande aux jurés de condamner la domestique, l’avocat de la défense, Me Réverend, insiste sur la faible intelligence de sa cliente « qui a perdu la tête » et qui a « agi sans savoir ce quelle faisait[2]. » Il semble que ces arguments ont convaincu des jurés qui déclarent l’accusée innocente. Le jeudi 1er octobre 1908, Léonide Verna ressort libre du tribunal.



[1] Le Journal de l’Indre-et-Loire, vendredi 2 octobre 1908.

[2] Le Journal de l’Indre-et-Loire, vendredi 2 octobre 1908.

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Cet article a été publié le jeudi 20 décembre 2012 à 9:00 et est classé dans Crimes en Touraine. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.
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