Louis Gerson n’a finalement travaillé qu’un an pour les frères Vergnault. Non reconduit  le 1er novembre 1827, il s’est engagé quelques jours plus tard pour des fermiers de  la commune de Gourgé. (sources : Archives Départementales) L’étude des archives judiciaires des Deux-Sèvres nous montre que les experts du crime n’étaient pas toujours en mesure de « repérer » des traces sur les corps des cadavres. Au point de déclarer la mort naturelle. C’est souvent la rumeur publique qui permettait l’ouverture d’une enquête et se chargeait ensuite de désigner le coupable idéal. Exemple glaçant.

2 novembre 1827. A la Largère, une métairie de la commune d’Amailloux, c’est l’heure du souper. Autour de la table, les frères Jacques et François Vergnault, exploitants de la propriété, ont pris place. A côté d’eux, l’épouse de François est là pour les servir. Malgré l’état avancé de sa grossesse, la femme fait son possible pour que le repas se déroule du mieux possible ; malheureusement, l’ambiance n’est pas vraiment à la fête. Depuis les premières heures du jour,  François Vergnault se plaint de nausée. Livide, le métayer tente d’avaler son repas.  « Je veux aller ce soir au village de Fougerit pour y gager une petite servante »[1] lâche-t-il à la fin du repas. Discrète jusque-là, son épouse tente de s’interposer. Fougerit est distant d’un kilomètre. Ce n’est vraiment pas raisonnable de ressortir dans le froid et l’humidité vu son état de santé. Rien n’y fait. Même Jacques Vergnault abonde dans le sens de son frère. Demain, ce ne sera pas possible de s’y rendre vu l’ouvrage qu’il reste à faire sur la ferme.  Depuis le départ définitif,  la veille, de Louis Gerson, leur domestique, les deux frères n’ont plus assez de bras sur la métairie pour abattre tout le travail. Le recrutement d’une ouvrière s’impose. Et le plus tôt sera le mieux !

Une mort naturelle

Quelques heures plus tard, Mme Vergnault sursaute au beau milieu de la nuit. Assise dans son lit, elle vient de se rendre compte que son mari n’est toujours pas rentré. La situation n’est pas normale. François est parti vers 19 h avec M. Rambault, un journalier. Il devrait être rentré. Elle s’empresse d’aller réveiller  Jacques qui dort dans une autre chambre. Aussitôt, l’ainé des Vergnault enfile ses vêtements et s’enfonce dans la nuit. Quelques minutes plus tard, l’homme est de retour à la métairie. Le teint livide, il annonce à sa belle sœur qu’il vient de retrouver François, sans vie, dans un chemin menant à la ferme. Aux petites heures du jour, le maire et un médecin se déplacent sur les lieux de la découverte du cadavre. Interrogée, la famille Vergnault explique que François avait des nausées depuis le matin. En quelques heures l’affaire est entendue. Le médecin conclut à une mort naturelle par apoplexie. Le lendemain, le métayer est enterré.  Il laisse derrière lui une femme enceinte et un enfant.

Et si François avait été assassiné ?

La mort de François Vergnault plonge Amailloux dans la consternation car le métayer était plutôt jeune et robuste. Son enterrement est l’occasion pour les villageois d’échanger. Certains parlent des sabots que le défunt portait le jour de sa mort. Ils étaient soi-disant recouverts de terre à leur extrémité. Et puis, tout près de l’endroit où il a été retrouvé, des témoins décrivent une prairie piétinée. Et si François avait été assassiné avant d’être tiré par son bourreau  sur le chemin menant à la ferme de la Largère ? Les jours suivants des informations parviennent aux autorités. Douze jours après le crime, la justice se décide d’ouvrir une enquête. Le cadavre de François Vergnault est exhumé. La seconde autopsie révèle que le métayer a été étranglé.

Mais qui pouvait bien vouloir du mal à cet homme apprécié de tous ? Là aussi l’opinion publique va se charger de désigner un suspect idéal : Louis Gerson, 23 ans, l’ancien domestique des Vergnault. Les interrogatoires de Jacques et de la veuve permettent aux enquêteurs de faire progresser l’enquête. Le soir du crime, Louis Gerson est passé quelques minutes à la Largère pendant que la famille soupait.  Il est ressorti une demi-heure après son patron pour se rendre lui aussi à Amailloux, rendre une lanterne à son beau-frère. Etrange pour un homme qui, quelques minutes plus tôt, annonçait qu’il était trop fatigué pour aller à une veillée entre voisins. De plus, Louis Gerson était présent lorsque son ancien maitre a annoncé son souhait de se rendre  à Amailloux. Mais quel pouvait être le mobile du jeune homme ? Jacques explique aux enquêteurs que sa belle-sœur et Gerson entretenaient une liaison que le défunt n’ignorait pas. Des disputes avaient d’ailleurs éclatées entre les deux hommes, Gerson proférant à plusieurs reprises des menaces de mort.

Un trou dans l’emploi du temps

De son côté, le domestique crie son innocence. Seulement le jeune homme peine à justifier son emploi du temps. Qu’a-t-il fait entre 19h30 et 22 h, c’est-à-dire entre son départ de la Largère et le moment où des témoins le voient entrer dans un cabaret à Amailloux ? Il est passé déposer la lanterne à son beau-frère ? Non, répond l’intéressé, il y est allé après avoir bu plusieurs bouteilles dans le débit de boisson. Pour la justice, l’affaire est simple. Louis Gerson a attendu que son ancien maître s’engage seul sur le chemin du retour après son rendez-vous dont il est sorti vers 21 h. Gerson  l’a guetté dans la pénombre pendant de longues minutes avant de sauter sur lui et de l’étrangler. Cette version, défendue par l’accusation à son procès, est celle qui va séduire les jurés. Malgré l’absence de preuves véritables, le domestique est reconnu coupable d’assassinat avec guet-apens le 27 avril 1828 à la majorité de sept voix contre cinq. Condamné à mort, il est guillotiné sur la place de la Brèche à Niort le 4 août 1928 à 13 h.

Les régistres d'arrêt confirme que Louis Gerson a bien été guillotiné sur la place de la Brèche à Niort (archives départementales)

 

 

 

 

 

[1] Acte d’accusation. Dossier de procédure. Série 2 U. Archives départementales.

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Cet article a été publié le samedi 29 novembre 2014 à 10:09 et est classé dans Crimes en Deux-Sèvres. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.
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