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Louise attaque… à l’arsenic (Fontperron, 1829)

   Ecrit par : Olivier Goudeau   in Crimes en Deux-Sèvres

Femme et crime riment souvent avec arsenic. Une équation parfois gagnante au XIXe siècle, à l’heure où la police scientifique n’existe pas encore.  La preuve .

23 juin 1829. En ce début d’après-midi, une femme, la démarche chancelante, sort de chez elle à vive allure dans les rues de Fontperron, petite commune située entre Saint-Maixent et Vasles. Le visage marqué, le teint pâle, les yeux remplis de terreur, la quadragénaire frappe à la porte de son voisin. « Monsieur le Maire ! » hurle-t-elle au comble de l’inquiétude. Le magistrat se présente quelques secondes plus tard et reconnait aussitôt Louise Defiole, sa voisine. « Je viens d’être empoisonnée par ma belle-fille »2 Dans la minute, le maire arrive au domicile de la villageoise. Le magistrat a préféré vérifier par lui-même les accusations de la villageoise dont l’état de santé lui est tout de suite paru très inquiétant. Il n’est d’ailleurs pas sans ignorer que la femme et sa belle-fille entretiennent des relations très conflictuelles. Sur le chemin, Louise Defiole lui a expliqué avoir trouvé de la matière blanchâtre dans sa soupe. Quelques minutes après le déjeuner, elle s’est tout de suite sentie mal.

« Qu’est-ce que j’ai ramassé avec ma cuiller au fond de l’écuelle ? « 

Arrivé sur place, le maire demande une explication à Louise Esnard, la belle fille. A 24 ans, cette mère de famille sans profession, nie tout en bloc. Oui, sa belle-mère a mangé de la soupe mais elle ne l’a pas empoisonnée. « Ou est le reste de soupe ? » demande le maire. « Il n’y en a point »
réplique Louise. Le maire sent que la situation devient d’autant plus alarmante que l’état de Louise Defiole ne cesse de s’aggraver. A présent, Louise vomit violemment dans la maison et dans la rue. Les villageois accourent. Ses douleurs sont épouvantables. « Pourquoi as-tu trempé deux soupes ? » hurle-t-elle à sa belle-fille. « Qu’est-ce que j’ai ramassé avec ma cuiller au fond de l’écuelle qui ressemblait à du caillé-bouilli ? » 3

Adieu poulet

Une instruction est ouverte pour empoisonnement. En arrivant sur les lieux du drame, Louis Augustin Chasteau, le juge d’instruction, est mis au parfum. Il apprend que Louise Defiole est la victime. Elle avait épousé André Esnard qui avait déjà une fille, Louise, née d’un premier mariage.
Tout juste maman, Louise, domestique, était revenue vivre chez son père depuis quelques semaines pour élever son enfant. Les relations avec sa belle-mère n’avaient pas tardé à devenir compliquées. Le jour du drame, André Esnard était absent. Quant à la victime, elle est morte huit heures après avoir mangé une soupe préparée par sa belle-fille. Le poulet qui a mangé ses vomissements est quant à lui décédé en une heure et demie.
Louise Esnard est interrogée. Elle explique ne pas comprendre la mort de sa belle-mère même si cette dernière vomissait parfois. Selon elle, tout c’est passé comme d’ordinaire. Sa belle-mère a préparé la soupe avant de se rendre au lavoir. Louise Esnard en a profité pour faire tremper le pain.

Quelle purge !

A l’heure du repas, la victime a préparé deux écuelles de soupe : une pour elle et une pour sa belle-fille. « Pourquoi deux écuelles ? » demande le juge. La jeune femme explique qu’elle avait prévu de déjeuner quelques minutes tard car elle s’était purgée le matin avec de l’eau d’absinthe. Elle devait être à jeun. Elle ajoute, pour se dédouaner du crime, avoir pris « trois cuillerées de la soupe de ma belle-mère qui en avait laissé dans son écuelle et ensuite je mangeais la mienne que j’avais mise sur le réchaud. »4

Il restait de la soupe !

Le soir venu, Louise Defiole s’éteint au milieu d’atroces  « N’avez-vous pas acheté d’arsenic ? » demande le juge. « Je n’en ai jamais acheté »
Le magistrat n’est pas convaincu. Il décide de placer la jeune femme en état d’arrestation à la maison d’arrêt de Parthenay et poursuivre ses investigations. Sur les lieux du drame les experts, des médecins et pharmacien de Parthenay, effectuent une multitude de prélèvements dans la marmite, dans les écuelles, dans les restes des vomissements, dans l’estomac de la victime et du poulet. Mieux, avant de mourir la victime a indiqué au maire l’endroit où Louise avait jeté le reste de sa soupe. La principale suspecte a donc menti. Il restait de la soupe. Un échantillon est aussi prélevé. Les résultats tombent quelques jours plus tard. Louise Defiole a été empoisonnée avec de l’arsenic. Le poison a été retrouvé en grande quantité dans son estomac et dans sa soupe.

Une histoire de taupe

Parallèlement, le juge progresse dans son enquête. Il apprend que Louise Esnard a acheté de l’arsenic le 15 juin, soit huit jours avant la mort de sa belle-mère, chez un pharmacien de Saint-Maixent. Interrogée, l’accusée explique dans un premier temps que c’est son père qui lui a demandé d’en acheter pour tuer des taupes. Mais l’homme nie les faits. Elle change alors de version et avoue avoir acheté du poison aux alentours de Pâques à la demande de son beau-frère qui voulait empoisonner sa belle-mère. Elle a ensuite voulu montrer l’arsenic à son père mais prise de remords, elle a préféré l’enterrer. Le 15 juin, toujours à la demande de son beau-frère, elle s’est de nouveau rendue chez le pharmacien pour acheter un nouveau sachet d’arsenic qu’elle a perdu en chemin. Etrange. Jugée à Niort par la cour d’assises, elle est finalement reconnue innocente. C’est libre qu’elle est ressortie du tribunal.


2  Acte d’accusation.

3  Déposition de Désirée Rateau, une villageoise, 24 juin 1829.

4  Interrogatoire de Louise Esnard, 25 juin 1829.

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Cet article a été publié le samedi 21 décembre 2013 à 10:07 et est classé dans Crimes en Deux-Sèvres. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.
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