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Juil

Olivier l’assassin cupide (Tourtenay, 1873)

   Ecrit par : Olivier Goudeau   in Crimes en Deux-Sèvres

Les mobiles crapuleux reviennent de façon récurrente dans les histoires criminelles. Les personnes âgées apparaissent alors comme des proies idéales.  Le crime de Jeanne Chaigne, 73 ans, à Tourtenay en 1873 en est la triste illustration.

9 juin 1873. A Tourtenay, dans l’extrême nord du département, l’inquiétude est grande en ce début d’après midi. Depuis de longues minutes, des habitants font les cent pas devant la boulangerie du village. La situation est alarmante. Les propriétaires, les époux Chaille, sont certes partis la veille pour se rendre à Geay. Plusieurs villageois sont avertis de la situation. Mais il y a la mère du boulanger, Jeanne, 73 ans, chargée de tenir la boutique, qui devrait répondre aux appels. La veuve est seule depuis le départ de l’apprenti vers 11 heures. Comme la septuagénaire n’est pas du genre à ne pas répondre, des villageois prennent le parti de pénétrer dans la cour du commerce. Quelques minutes plus tard, ils découvrent le cadavre de Jeanne Chaille, allongé sur le sol dans la cave, baignant dans une mare de sang.L’arrivée des autorités et des gendarmes, quelques heures plus tard, provoquent une vraie sensation  dans le village ; car tout laisse à penser que la veuve n’est pas tombée toute seule. A Tourtenay, certains évoquent la piste d’un assassinat crapuleux. Des témoins rapportent que la malheureuse victime a eu la tête fracassée. Une œil sortait même de son orbite. Les dizaines d’interrogatoires menés par les enquêteurs confirment la piste de l’homicide. Les blessures épouvantables constatées sur la face de la victime ainsi que l’ouverture de plusieurs  tiroirs à l’intérieur de la maison des Chaille sont des éléments suffisants pour ouvrir une information pour assassinat suivi de vol. L’audition des villageois permet de faire avancer rapidement l’enquête. Dans un premier temps, les époux Chaille confirment qu’il manque deux portes monnaies dans leur maison contenant 265 francs. Dans un second temps, des villageois « lâchent » un nom. Jean-Alexandre Olivier, le maréchal-ferrant de Tourtenay.

« Bouger l’échelle pour la faire tomber »

L’artisan ne jouit pas d’une très bonne réputation. A 25 ans, il a déjà été condamné deux fois pour vol et a fréquenté la prison deux mois. Détail supplémentaire, le suspect a disparu depuis le crime. Une perquisition est ordonnée à son domicile situé juste en face de la boulangerie. A l’intérieur, les enquêteurs découvrent les deux portes-monnaies. La piste est d’autant plus sérieuse que l’artisan, une fois arrêté, finit par reconnaître les faits. Seulement, il nie la préméditation. S’il a tué la vieille femme, c’est qu’elle est venue à son domicile pour lui demander de l’aider à placer une échelle dans sa cave. C’est « au moment où elle gravissait les degrés de l’échelle[1] » qu’il a eu l’idée de la tuer. Il a alors bougé l’échelle et fait tomber la veuve. Il s’est ensuite emparé d’un morceau de bois qui lui est tombé sous la main pour l’achever.

Les enquêteurs n’y croient pas. Pour le juge, Olivier a pénétré dans la maison des Chaille. Il a fermé la porte principale à clé pour ne pas être dérangé dans son projet. Il a ensuite attiré sa victime dans la cave au prétexte de lui acheté du charbon. Puis il l’a tué. A force d’interroger le prévenu, celui-ci finit par lâcher des bribes de vérité. Ainsi, c’est avec un marteau qu’il a fait le coup. Mais, le 6 juillet, Tourtenay est sous le choc. Olivier s’est échappé la nuit dernière de la prison de Bressuire.  La cavale ne dure que quelques jours. Arrêté de nouveau, Olivier lâche le nom d’un complice dans l’assassinat de la veuve. Il s’agit d’un nommé Brossard, carrier à Tourtenay. L’homme est aussitôt arrêté mais se défend de cette accusation de complicité. Doté d’un solide alibi, il reconnait avoir refusé d’héberger Olivier lors de sa cavale. Les enquêteurs comprennent alors le subterfuge. Le maréchal-ferrant a accusé Brossard pour se venger de lui avoir fermé sa porte les jours suivants son évasion. Le procès de Jean-Alexandre Olivier s’ouvre en septembre 1873. Avec son passif, son crime et ses mensonges, l’artisan n’a pas pesé lourd devant la cour d’assises. Le soir même, il était condamné au bagne à perpétuité.

 


[1] Acte d’accusation. Dossier de procédure. Archives départementales.

 

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Cet article a été publié le jeudi 5 juillet 2012 à 8:12 et est classé dans Crimes en Deux-Sèvres. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Les commentaires et les pings sont actuellement fermés.
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