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Jan

Règlement de compte entre Voisin (Betz-le-Château, 1891)

   Ecrit par : Olivier Goudeau   in Crimes en Touraine

Si les histoires d’amour finissent mal, les verdicts s’achèvent parfois de la plus belle des façons pour les meurtriers. La preuve…

François Voisin tient sa revanche. En ce lundi 26 janvier 1891, le cultivateur de 48 ans, l’air déterminé, marche un balluchon sur l’épaule, en direction de sa ferme située à Betz.  Il sait son plan diabolique. Sa vengeance s’annonce terrible, à la hauteur des moqueries endurées depuis de long mois. Car depuis deux ans, François Voisin sait que son épouse entretient une liaison avec M. Mérigon. Son amant n’est autre qu’un homme important de  la commune de Betz-le-Château, gérant de la grande propriété voisine de la Bernardière. François Voisin comprend mieux à présent pourquoi Mérigon lui a laissé la gestion d’un lopin de terre, à la Courtinais, quelques mois plus tôt. L’intention était délicate. Elle cachait une trahison.

L’étreinte interrompue par une fourche

François Voisin a pourtant tout fait pour dissuader sa femme. Il lui a parlé de leurs six enfants, a évoqué la morale,  les moqueries du village qui salissent son excellente réputation et celle de la famille. Rien n’y a fait. En août 1890, il est même allé la récupérer  à la gare alors qu’elle s’apprêtait à s’enfuir avec son amant. Son pardon et ses menaces de mort lancées à la face de Mérigon n’ont pas empêché la relation de se poursuivre. Le pire pour Voisin, c’est que cette liaison n’est pas la première incartade de son épouse. Quelques années plus tôt, le mari a dû chasser à coups de fourche un homme surpris en pleine étreinte avec sa femme. Malgré tous ces incidents, son épouse ne s’est pas assagie. Elle a trouvé en Mérigon l’amant idéal.Sans tenir compte des menaces de l’époux humilié, les deux amoureux ont poursuivi leur relation en cachant leur correspondance amoureuse dans les plants de choux d’un champ retiré.  Dans une des lettres, les amoureux ont projeté de fuir de nouveau ensemble. Seulement François Voisin a découvert le pot-aux roses.  Sans éveiller le moindre soupçon des amants, il échafaudé un plan simple mais efficace.

L’amant dans une tenue explicite

A présent, le cultivateur marche en direction de sa ferme. Il est environ 16 h lorsqu’il aperçoit les murs de sa maison. Son objectif est clair. Il veut surprendre les amants et tuer Mérigon. Pour faciliter son plan,  il a simulé un départ ce matin en expliquant à son épouse qu’il partait pour plusieurs jours travailler chez son beau-frère. En arrivant en plein milieu d’après-midi il est certain de les trouver ensemble. Lorsqu’il ouvre la porte d’entrée, Mérigon est bien là, dans une tenue explicite. Voisin pénètre dans la pièce, décroche son fusil suspendu au-dessus de la cheminée et tire sur l’amant. Touché à l’épaule, ce dernier trouve refuge  dans une chambre voisine. Il tente de s’enfuir par une fenêtre. Seulement Voisin a tout anticipé en faisant le tour de sa maison. Au moment où Mérigon l’aperçoit, il tente de faire demi-tour. Trop tard. Une décharge l’atteint dans le dos, quasi à bout portant.

La préméditation au centre des débats

Un mois et demi plus tard, le 11 mars, François Voisin doit répondre du meurtre de Mérigon devant la cour d’assises. La victime, la colonne vertébrale brisée, est décédée quatre jours après le crime. Avant de mourir, Mérigon a livré sa version. Avant de tirer, Voisin lui aurait demandé de l’argent. Une voisine, ayant entendue la requête de François Voisin, confirme cette version. Pire, des villageois ajoutent que le meurtrier avait son fusil sur lui en quittant sa maison le matin. Il avait donc prémédité son geste. Pourtant, après une délibération très courte, François Voisin est déclaré non coupable. Il a donc pu rejoindre son épouse… humiliée quelques heures plus tôt lors de sa déposition à la barre .

 

 

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Cet article a été publié le samedi 18 janvier 2014 à 9:49 et est classé dans Crimes en Touraine. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.
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