Les cas d’étrangers inculpés de crime de sang sont rares dans les Deux-Sèvres. Le crime de la rue de l’Huilerie est l’exception qui confirme la règle.

11 avril 1919. A Niort, la rue de l’Huilerie donne des signes de nervosité. Depuis le 5 avril, Charlotte Ploquin, domiciliée au 9 de cette ruelle sombre du cœur de ville, n’a plus donné signe de vie. Des voisines ont frappé à sa porte à de multiples reprises mais n’y a fait. Ce matin, elles ont donc pris la décision de prévenir les autorités.  A présent, c’est le commissaire de Police en personne qui débarque sur les lieux, épaulés d’agents et d’un serrurier. En quelques minutes, l’artisan fait sauter le verrou. Les enquêteurs pénètrent à l’intérieur, tout d’abord dans un petit salon puis dans une cuisine….. tout est en ordre. Ils poursuivent leur visite en accédant à l’étage via un escalier qui les conduit dans un couloir étroit. Le commissaire et ses hommes avancent. Une porte entrouverte s’offre à eux. Il la pousse. C’est une chambre à coucher dont la fenêtre donne sur la rue de l’huilerie. Ici aussi rien n’a été bougé. Le lit n’est pas défait. A gauche, le commissaire remarque une petite porte donnant probablement accès au cabinet de toilettes. Il la pousse. Ses yeux se posent immédiatement sur deux longues trainées de sang recouvrant le parquet en bois. En une fraction de seconde, il relève la tête pour les suivre du regard. Elles conduisent à deux jambes. Celle de droite est repliée sous le corps tandis que la gauche est allongée le long de la cloison. Le reste de la victime est dissimulée par un rideau de porte manteau. Le policier s’avance, soulève le voile et tombe nez à nez avec la tête défigurée d’une femme.

« Une sauvagerie inouïe »

En  fin de matinée, la nouvelle de l’assassinat de Charlotte Ploquin fait le tour de Niort. Dans ce quartier populaire, la victime était connue. Elle se faisait appeler Paulette. C’était une prostituée de 32 ans qui avait l’habitude de recevoir ses clients chez elle. Parmi eux des paysans, des ouvriers mais aussi quelques figures du monde. Le Procureur de la République, le juge et le médecin légiste débarquent en fin de matinée. Ils découvrent la scène de crime à leur tour. Une perquisition débute. Sur place les enquêteurs sont surpris par l’absence de désordre. L’argent et les objets de valeur n’ont pas été emportés. Un livret de caisse d’épargne contenant 701,40 francs est notamment retrouvé dans une boite de carton.  Quelques heures plus tard, Jules Corbin, le légiste procède à l’autopsie à l’hôpital. Sur le corps de la victime, le médecin  relève 17 blessures dont plusieurs mortelles produites par un instrument tranchant, probablement un couteau. C’est un déchainement de violence qui s’est abattue sur la malheureuse frappée au flanc gauche, à la poitrine, au ventre, à la cuisse et à la tête. « Une brutalité et une sauvagerie inouïes » notent le médecin dans son rapport. Sous la violence des coups, la lame s’est même en partie cassée à l’intérieur du crane. L’expert poursuit. « Il semble que les premiers coups aient atteint la poitrine et le ventre la victime étant debout et que les blessures du cou et de la tête ont été données ensuite, la victime s’étant affaissée déjà. »  Quant à la date de la mort, elle remonte à quatre ou cinq jours.

Rebondissements

L’enquête commence mais très vite cette dernière patine. Les enquêteurs ne disposent d’aucun élément probant, si ce n’est le témoignage d’une voisine qui est la dernière à avoir vu Paulette vivante. C’était le 5 avril vers 22 h 30. Trois hommes se sont présentés à son domicile. Paulette leur a ouvert. Seulement la voisine est incapable de les reconnaitre. Le 17 octobre 1919, six mois après les faits, l’instruction est close.

Mais sept mois plus tard, l’affaire rebondit de façon incongrue. Vers la fin du mois de mai 1920, une femme vient trouver les policiers. Clémentine Barbault, employé au greffe, leur explique que son amant vient de lui confier qu’il est l’assassin de Charlotte Ploquin. Il se nomme Kicou Fong Ting. C’est un Chinois, employé à la construction de la gare de Niort, mais aussi recherché par les autorités pour de multiples agressions dont celle mortelle d’un policier Chinois surveillant d’un camp de travailleurs au Mans. Le témoignage de Clémentine Barbault est sans équivoque et coïncide avec les constatations des enquêteurs. Selon elle, Kicou s’est présenté au domicile de Paulette pour obtenir ses faveurs. Il lui a donné 30 francs. Seulement, la femme lui a demandé de revenir plus tard, après d’autres clients. Il s’est présenté à l’heure dite mais une querelle a éclaté, Paulette lui déversant sur la tête le contenu d’un seau hygiénique. Résolu à se venger, il lui a demandé de lui rendre son argent. Devant son refus, il est revenu la tuer avant de bruler sa capote souillée de sang et de jeter son arme dans la Sèvre.

L’instruction est immédiatement ré-ouverte. Elle permet de trouver deux autres femmes de petites vertus, et plusieurs travailleurs Chinois ayant reçu les mêmes confidences de Kicou. Le plus intéressant c’est que certains détails livrés lors des confidences n’étaient connus que des enquêteurs. Ainsi, le premier coup de couteau porté sur le flanc gauche. Le suspect est arrêté mais il nie les faits. Il est pourtant présenté aux juges de la Cour d’assises de Niort en juin 1920. Malgré ces témoignages accablants, Kicou est reconnu innocent du crime épouvantable de Charlotte Ploquin. Un crime finalement resté impuni.



 

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Cet article a été publié le vendredi 19 juillet 2013 à 6:55 et est classé dans Crimes en Deux-Sèvres. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.
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