Articles tagués ‘« Adèle Memeteau »’

Dans son livre « Le goût de l’archive », l’historienne Arlette Farge décrit merveilleusement bien sa passion pour ces « manuscrits aux coins grignotés » et « aux bordures abîmés par le temps ». Elle explique tout l’intérêt du document ancien. « L’archive est une brèche dans le tissu des jours, l’aperçu tendu d’un événement inattendu. En elle, tout se focalise sur quelques instants de vie de personnages ordinaires, rarement visités par l’histoire […] L’archive n’écrit pas de pages d’histoire. Elle décrit avec les mots de tous les jours le dérisoire et le tragique sur un même ton. […] Elle est le recueil de paroles prononcées , dont leurs auteurs, contraints par l’événement, n’ont jamais imaginé qu’elles le seraient un jour. C’est en ce sens qu’elle force la lecture, captive le lecteur, produit sur lui la sensation d’enfin appréhender le réel. »  Dans le crime du jour, « l’événement inattendu » l’est peut-être davantage que dans les autres affaires criminelles puisqu’il va venir d’un individu ordinaire, jugé « calme et tranquille »…

Février 1877. François Texier, 25 ans, est un jeune homme heureux. Cela fait maintenant trois mois qu’il travaille comme domestique chez Adèle Memeteau. A son retour du service militaire en novembre, il a demandé à la veuve de 51 ans, la mère d’un de ses camarades, si elle ne recherchait pas de la main d’oeuvre jusqu’au printemps prochain. De son côté, la responsable de la ferme du Cormenier, située dans la commune des Forges, près de Vasles, n’a pas hésité longtemps. Elle connaissait déjà ce garçon sérieux dont le frère, Pierre, cultive une ferme à la Prouterie, à Benassais, à quinze minutes à pied. Mais si François est si heureux, c’est aussi parce qu’il a trouvé au Cormenier bien plus que du travail. En arrivant à la ferme en novembre, il est de suite tombé sous le charme de Virginie Morin, 24 ans, la fille de sa patronne. Après une cour assidue de plusieurs semaines, il a fini par la faire succomber. Depuis, les deux jeunes ne se quittent plus. Le mariage est même programmé pour la Saint-Michel, au grand bonheur d’Adèle Memeteau qui se félicite de voir entrer dans sa famille un jeune homme si « calme et tranquille »1.

 

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