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Une plainte dans la nuit (Parthenay, 1887)

   Ecrit par : Olivier Goudeau   in Crimes en Deux-Sèvres

Au XIXe les débits de boisson, les bars et les auberges sont souvent le théâtre de crimes sang. Illustration avec cette affaire survenue en 1887 près de Parthenay.

« Tu ne sors pas sans moi ! » lance en souriant Jean Poupard à son ami François Barret, assis à une table voisine. Depuis le milieu de l’après-midi, les deux hommes écument les bars de Parthenay. Ils ont prévu de rentrer ensemble, à Gourgé, puisque depuis trois ans, François Barret, 69 ans, est en pension chez Jean Poupard, 44 ans, en échange d’un loyer de vingt francs par mois.

 « C’est probablement un ivrogne »

 Vers 19 heures, les deux hommes se mettent en marche sur la route de Gourgé pour six kilomètres. Trois quarts d’heure plus tard, Jean Roy, un voisin des deux acolytes  quitte à son tour l’auberge du Pas-de-Bœuf de Parthenay et emprunte le même chemin que ses deux amis. Bien aviné, il se met à chanter et retrouve Jean Poupard environ à mi-parcours. Après quelques centaines de mètres de marche en commun, Jean Roy s’arrête net. Il vient d’entendre la plainte d’un homme près d’eux. « C’est probablement un ivrogne tombé dans le fossé de la route » lui rétorque Poupard en poursuivant sa route.

 « Un morceau de bois ou une massue »

 Le lendemain, aux petites heures du jour, des paysans découvrent sur la route de Parthenay à Gourgé, le cadavre de François Barret, à quatre kilomètres du point de départ. Le corps git à plat ventre dans un fossé humide, la figure reposant dans son chapeau. Les docteurs parthenaisiens Ferdinand Chevallereau et Alexandre Rousseau expliquent dans leur rapport d’autopsie « que cet homme a été victime d’un assassinat, qu’il n’y a pas eu de lutte et que la mort est le résultat de lésions observées dans le crâne et sur le cerveau.» Quant à l’arme du crime, les légistes pensent à un morceau de bois ou une massue. Ils ajoutent que la victime a été tuée sur la route, ses vêtements ont été fouillés et son corps a ensuite été jeté dans le fossé.

 Un trou de quarante-cinq minutes

 Jean Poupard est immédiatement soupçonné. Parti de l’auberge du Pas-de-Bœuf avec son camarade Barret, Poupard est revenu sans lui, sans s’inquiéter. Interrogé, le cultivateur explique qu’il s’est arrêté pour satisfaire un besoin naturel et que Barret a poursuivi son chemin. Il a ensuite entendu chanter Jean Roy et l’a attendu pour faire la route avec lui. Seulement comment expliquer que Jean Roy, parti trois quart d’heure après le duo Barret-Poupard, a pu rattraper ce dernier ? Qu’a fait Poupard pendant tout ce temps ?

 Un coffre visité

 Henri Aubrun, le juge d’instruction apprend aussi que Barret avait prévu de quitter le domicile de la famille Poupard pour construite sa propre maison. Jean Poupard, en difficulté financière, aurait alors tué son ami, avant son départ du domicile, pour le dépouiller de sa bourse mais aussi de son coffre. Au village, de nombreux habitants savaient qu’il gardait quelques économies au domicile de Poupard. Barret avait notamment reçu 150 francs la veille du crime. Seulement lorsque les enquêteurs ouvrent le coffre dans la maison de Poupard, ils découvrent une boite vide. Ils apprennent en revanche que l’accusé avait emprunté de l’argent à la victime et qu’il avait même sollicité Barret pour une donation notariée de tous les objets mobiliers qu’il avait apporté chez lui, pour le cas où il viendrait à mourir. Pour les autorités, l’assassinat et le vol au domicile de Poupard n’ont pu être commis que par la même personne.Le 12 mars 1887, malgré les charges lourdes et la variation de ses déclarations, les jurés déclarent Poupard non coupable, probablement par manque de preuves flagrantes.

 

 

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Cet article a été publié le samedi 30 mars 2013 à 8:17 et est classé dans Crimes en Deux-Sèvres. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.
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