Le journal Le Bocage et la Plaine fait sa "une" sur le crime de Mauzé-Thouarsais, le 20 mai 1939 ( Archives Départementales, F PER 175-24)  Le destin des hommes ne tient souvent qu’à un fil. Des difficultés passagères, une mauvaise rencontre, des conseils véreux font  parfois basculer des êtres appréciés de la communauté villageoise dans la criminalité . Illustration avec ce fait divers tragique survenu à Mauzé-Thouarsais en 1939.  

« J’aimais beaucoup mon fils et je l’aime encore beaucoup actuellement, mais je vois bien que j’ai brisé mon ménage »1. Les yeux rougis, Marcel Fouillet, 28 ans, ne peut cacher sa peine. Face à lui, le juge d’instruction Marcel Royer ne cesse de le harceler de questions depuis de longues minutes. Il est un peu plus de quinze heures ce 23 août 1939 et le journalier sent que l’étau est en train de se resserrer autour de lui. Dans sa tête, les images se bousculent : l’agonie de sa femme, l’hôpital psychiatrique, le sourire de sa maitresse, les pleurs de son fils, le flacon de taupicine, les conseils de son patron…

Le secours de la belle-mère

Six mois plus tôt, rien ne prédestine Marcel Fouillet à une carrière criminelle. En ce mois de février 1939, le jeune homme de 28 ans vient de trouver une place de domestique agricole chez la famille Landais, à la Capinière, commune de Mauzé-Thouarsais. Son patron, Daniel Landais, 42 ans, n’est autre que son voisin, un ancien poilu de la Grande Guerre, décoré après une blessure à la tête provoqué par un éclat de grenade. Au village,  le fermier, travailleur et consciencieux, est un homme respecté. Fort de cette réputation, le patron devient rapidement le conseiller du jeune homme ; car à la maison, Marcel Fouillet n’est pas heureux. Paulette, 22 ans, sa femme depuis trois ans, lui a certes donné un petit garçon né en mai 1938, mais son comportement le désespère. Il savait bien qu’elle était d’un naturel fragile mais les choses se sont empirées avec le temps. Marcel a commencé à déserter le domicile conjugal pendant que Paulette, persuadée d’être trompée, a trouvé refuge dans la boisson. Les mois passants, les querelles sont devenues terribles. La mère de Paulette, Mme Goumy, a bien tenté de jouer les conciliatrices mais rien n’y a fait. Sur son lieu de travail, les problèmes de Marcel trouvent en Daniel l’oreille conciliante qu’il cherche depuis longtemps. La complicité entre les deux hommes devient d’autant plus évidente que l’ainé comprend parfaitement le mal-être de son employé. Pour lui,  Paulette n’est pas une bonne épouse. Son penchant pour la boisson est indigne. « Si j’avais une femme comme la tienne, il y a longtemps que je lui aurais fait prendre une pilule »1 confie-t-il un jour à Marcel.

Marcel joue l’époux malheureux

Dans ce contexte, Marcel Fouillet passe de plus en plus de temps chez les Landais et se rapproche aussi de la fille de son patron, Suzanne, âgée de 15 ans. Au lieu de le dissuader de cette relation, Daniel l’encourage. Alors que Paulette se morfond chez elle et sombre davantage dans l’alcool, la liaison des deux amants devient donc quasi officielle. Le couple illégitime parle mariage. Le 12 mai 1939, après de nouvelles confidences de Marcel, Daniel Landais lui conseille de passer à l’action. Il propose à son employé de mettre quelque chose dans le vin de son épouse. Le domestique approuve. Le même jour, Daniel Landais se rend donc au marché de Thouars et s’arrête chez M. Rigault, pharmacien, acheter un flacon de taupicine. Le soir venu, vers 20 h, Marcel rentre chez lui et adopte l’attitude la plus douce possible. Il explique à son épouse qu’il est allé voir le docteur Frère, à Argenton-l’Eglise, et que ce dernier lui a donné un remède pour l’empêcher de boire. Il lui tend un demi-verre de lait de couleur verdâtre que Paulette peine à boire avant d’aller se coucher. Un quart d’heure plus tard, la jeune femme est prise de terribles douleurs au ventre. Marcel panique. Alors que son épouse hurle dans son lit en demandant l’aide d’un docteur, il lui fait promettre de ne rien dire à propos du remède.  Vers 4 heures du matin, face à la douleur de sa femme, Marcel se résout à aller trouver Daniel qui s’empresse d’aller prévenir le docteur Fère. Les deux hommes conviennent avant d’une stratégie : faire passer Paulette pour folle. Marcel court ensuite prévenir un voisin que sa femme fait une crise de folie. Il ajoute qu’il doit absolument aller prévenir sa belle-mère. Lorsque le docteur arrive dans la chambre de la malheureuse, il demande à Marcel ce que son épouse à manger. Il lui répond qu’il lui a fait prendre deux cachets.  Le médecin ne comprend pas et demande le secours d’un confrère, M. Chauvenet, chirurgien à Thouars. Quelques heures plus tard, les deux docteurs conviennent du transfert de Paulette Fouillet à l’hôpital de Tours, dans le service des troubles mentaux. Elle y arrive le 14 mai. A côté d’elle,  Marcel joue l’époux malheureux. Avant de partir, il a pris le soin de casser le flacon de taupicine, de placer les morceaux de verres dans un carton lesté d’une pierre et de le jeter dans une mare de son jardin. Seulement à Tours, les médecins décèlent d’autant plus la supercherie que Paulette, finalement tirée d’affaires, confie avoir bu une préparation de son mari. Le 17 mai, après un long interrogatoire, Marcel finit par tout reconnaître. Daniel Landais fait de même rapidement.

 Paulette si douce dans ses déclarations

Le 5 décembre 1939, les deux hommes sont traduits devant la cour d’assises à Niort. Marcel Fouillet doit répondre de tentative d’empoisonnement et Daniel Landais de complicité. Face à la cour, les accusés reconnaissent les faits mais affirment avoir eu seulement l’intention de dissuader Paulette Fouillet de boire. Le président les interpelle sur la dangerosité de la taupicine, un produit mortel. « On y voit notamment : Poison et une tête de mort »2 s’emporte-t-il. Les accusés approuvent. Lorsque Paulette est appelée à la barre pour témoigner, elle n’accable pas son mari. Bien au contraire. Sur son banc,  Marcel clame ses regrets. Il affirme que c’est son patron et la fille de ce dernier qui l’ont incité à commettre le crime. Des déclarations qui touchent les jurés, car si l’auteur de l’empoisonnement écope au final de cinq années de prisons avec sursis, le complice et instigateur du crime est plus lourdement condamné :  deux ans de prison ferme.

1. Interrogatoire de Marcel Fouillet, le 23 août 1939. Dossier de procédure. 2 U.  Archives Départementales des Deux-Sèvres.

2. Mémorial des Deux-Sèvres. Archives Départementales des Deux-Sèvres.

 

 

Tags: , , , , ,

Cet article a été publié le vendredi 12 juin 2015 à 12:21 et est classé dans Crimes en Deux-Sèvres. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.
'