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Une scène d’horreur à Tauxigny (Tauxigny, 1891)

   Ecrit par : Olivier Goudeau   in Crimes en Touraine

Le double crime de Tauxigny est probablement l’un des assassinats les plus épouvantables de l’histoire de la Touraine. Le plus effrayant, c’est que son auteur n’avait que 18 ans….

Lundi 23 février 1891. Charles Londais, un garçon de 18 ans, regarde l’assiette que la vieille femme dépose devant lui. Assis à table, l’adolescent remercie la septuagénaire et commence à manger son repas. Dehors, il fait déjà nuit noire sur la ferme des époux Delhommais, située à Tauxigny, Dans cette commune, le couple âgé possède une grande propriété au lieu-dit la Place. Tout en continuant de manger, Charles Londais relève la tête et regarde les deux propriétaires. « Vous pouvez me considérer comme étant à votre service1 » Il accompagne sa phrase d’un délicieux sourire. Les propriétaires sont enchantés, eux qui cherchent depuis des semaines un domestique pour les aider dans leur tâche. A respectivement 73 et 77 ans, Pierre et Marguerite Delhommais, ne peuvent plus gérer seuls une ferme devenue trop grande. Le renfort de ce jeune homme est une providence. Seulement, en engageant cet adolescent, le couple ne sait pas encore qu’il vient de commettre une erreur fatale. L’adolescent est en fait un monstre, assoiffé d’argent.

Un trésor caché

Depuis quelques semaines, l’adolescent prépare son coup. Il s’est renseigné sur le couple Delhommais qui habitent à une dizaine de kilomètres du domicile de sa mère située à Chambourg-sur-Indre. Il a appris que les vieillards disposeraient d’une fortune estimée entre 60 000 et 100 000 francs2.. Le dimanche 22 février il a établi un premier contact avec Pierre Delhommais en se rendant sur place. Le propriétaire lui a donné rendez-vous pour manger avec eux le lendemain.

 Un déchainement de violence

Le repas touche à sa fin, Pierre Delhommais se lève pour aller se coucher. Au passage, il montre à Londais l’endroit où il pourra dormir. Le garçon suit le vieillard derrière quatre grands sacs de farine qui servent de cloison et découvre un matelas déposé sur le sol. Le propriétaire disparaît dans la seconde pièce de la maison qui fait office de chambre. Londais se couche sur ce lit de fortune et attend. Dans le village, il a entendu dire que le couple dormait à tour de rôle pour ne pas qu’on lui dérobe son trésor. Il semble que ce soit vrai car cela fait maintenant de longues minutes que l’adolescent attend que la septuagénaire se couche. Le temps passe et la femme ne bouge toujours pas. Tout juste Londais entend-il le crépitement du feu dans la cheminée. Elle a du s’endormir sur sa chaise. Le garçon décide de commencer sa fouille mais après quelques secondes, il entend la propriétaire bouger. Il regarde à travers les sacs et aperçoit la femme est en train d’allumer une bougie. Pour Londais, la situation se complique. La propriétaire va très certainement venir dans sa direction. Il doit agir pendant qu’elle lui tourne le dos. Il sort alors précipitamment de l’ombre et avec la chaise qu’il vient de saisir, frappe sa victime. Elle ne bouge plus, tout le contraire de Pierre Delhommais qui s’est réveillé dans la chambre voisine. L’adolescent pare au plus pressé. Il s’empare d’une serpe, se précipite dans la pièce et découvre le vieillard en train de se lever. Londais se jette alors sur lui et lui assène de terribles coups de serpe. La lutte est farouche. Blessé de toute part, le vieil homme est pourtant toujours en vie. Londais est à bout de souffle. Il se débarrasse alors de son arme, fixe ses mains autour du cou de sa victime et finit par l’étrangler.

Trahi par le jeu

Ce n’est que dix jours plus tard que les corps des propriétaires sont découverts, en partie mangés par leurs chiens. Londais est déjà loin. A Paris, il mène grand train avec les milliers de francs dérobés . Mais le 5 mai, son aventure s’achève par le plus grand des hasards. Arrêté à une table de jeu illégale en compagnie de plusieurs camarades, l’adolescent peine à justifier l’origine de la somme qu’il possède. Après plusieurs interrogatoire, il finit par confier son horrible crime. Quatre mois plus tard, le 1er octobre 1891, la cour d’assises le condamne à la peine de mort. La sanction est finalement commuée par le Président de la République en celle de travaux forcés à perpétuité.

1 Procès verbal d’interrogatoire de Charles Londais du 28 mai 1891. Dossier de procédure.

2 Déclaration de Pierre Desouches, propriétaire à la Place. Procès verbal de constat du 5 mars 1891. Dossier de procédure

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Cet article a été publié le lundi 7 octobre 2013 à 9:18 et est classé dans Crimes en Touraine. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.
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